jeudi 12 mai 2016

Et si?


"On n'a pas le temps de parler aux résidents/patients, c'est de la folie!"
"Douze toilettes en trois heures, c'est n'importe quoi!"
"On court tout le temps!"
"On fait tout trop vite!"
"On n'est plus des soignants mais des robots!"
"On maltraite les patients/résidents, on n'a pas le temps de bien faire les choses!"
"Ils se rendent pas compte dans les bureaux, ça se voit qu'ils ne font pas notre travail!"
"Il faudrait plus de soignants, on le dit tous les jours mais personne ne nous écoute!"

Et si on faisait une pause? Si on refusait le rythme imposé? Si on prenait notre temps?

Et si, au lieu de faire le VMF (Visages Mains Fesses) - habillage rapide - hop hop hop on se dépêche avec Madame Pie, on faisait les choses normalement, sans la brusquer? Et si on allait à son rythme au lieu de lui enjoindre d'aller au nôtre? Et si on prenait le temps de lui parler? Et si on s'autorisait à l'attendre quand elle chemine d'un pas lent vers la salle de bain?

Et si, au lieu de nous dépêcher pour finir dans les temps, on ne finissait pas? Si on ne "faisait" que dix patients/résidents au lieu de douze? Si, au moment crucial où nous devrions avoir fini les toilettes et enchaîner sur les repas, nous nous pointions la bouche en coeur dans le bureau de la direction pour dire qu'on n'y arrive pas?

Et si nous donnions à manger aux résidents/patients les plus dépendants lentement au lieu de les gaver comme des canards en période de fêtes? Si nous prenions le temps d'être vraiment avec eux au lieu de courir pour servir tout le monde dans les temps? Si nous leur accordions le temps qu'ils méritent (et qu'ils payent)?

Et si nous faisions la grève du zèle? Si nous faisions notre travail en comptant les heures au lieu de compter les tâches? Si, au lieu de se cacher dans les vestiaires pour critiquer les "administratifs", nous allions crier haut et fort notre ras-le-bol dans le bureau de ces derniers?

Et si, au lieu de dire qu'il faut prendre soin de soi pour prendre soin des autres, on pensait différemment? Et s'il fallait prendre soin des autres pour prendre soin de soi?





9 commentaires:

  1. Comment avoir une estime de soi quand on traite des humains de cette façon? les civilisations traditionnelles respectent énormément leurs anciens. Nous en sommes arrivés là. Le meilleur des mondes, où les non-productifs sont laissés pour compte.

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    1. Mouais, c'est le genre d'arguments qui m'agace. Dans les "civilisations traditionnelles" (que n'est pas la nôtre, donc), ce sont TOUJOURS les femmes qui, restant au foyer pour la plupart, ont en charge les soins aux anciens, qui par ailleurs ne font pas souvent de si vieux os que les nôtres. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les métiers d'auxiliaires sont si féminisés.
      Dès que les sociétés évoluent, que les femmes sortent de chez elles, les anciens se débrouillent ou sont mis en établissement spécialisés, exactement comme "chez nous", ou pire, meurent dans les rues quand ils n'ont pas ou plus de famille.
      Sinon, article intéressant et question que je me suis souvent posée : pourquoi les personnels de ces établissements ne refusent-ils tout simplement pas de faire les soins dans ces conditions ? Une grève du zèle menée par l'ensemble des intervenants quotidiens, sans forcément le dire ouvertement, mais en se mettant d'accord pour que TOUS prennent le temps nécessaire pour faire les choses respectueusement.Au bout de quelques jours, cela devrait se remarquer, quand même, et avoir un effet ?

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  2. DRIIINNGGGGG !!!!!
    "Haaaaa, je viens de faire un beau rêve moi"

    ;-)

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  3. " Si ma tante en avait, elle serait mon oncle."

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    1. C'était le commentaire constructif du jour, merci d'être passé. (Et en vrai c'est "si ma tante en avait, on l'appellerait mon oncle")

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  4. Ah, et si seulement on pouvait nous entendre, pauvre soignant que nous sommes. Et si même, en continuant à ce rythme effarant, nos douleurs physiques (nuque, dos et genoux) et nos douleurs psychologiques (burn-out, dépression, diminution de l'estime de soi) pouvaient être reconnues par les mutuelles et le gouvernement.

    En espérant que votre cri sera entendu par le plus grand nombre.

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    1. Je ne puis que compatir...bon courage Rudégonde,ainsi qu'à tout soignant exerçant dans ces conditions!

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  5. En fiat, pour avoir travaillé dans les cliniques, un foyer d'accueil médicalisé et en maison de retraite, je peux dire ce qu'il manque, en MDR (non, c'est pas l'acronyme de mort de rire...) : quelques bons patients psychotiques ou autistes qui explosent à la moindre maltraitance... le secteur du handicap mental a été bien servi en personnel et pour cause... la bientraitance avait des impératifs et les gouvernements étaient sensibles à cette cause par l'action d'associations puissantes et revendicatrices. Là, pour les MDR, aucunes associations de résidents/patients... les familles de ceux-ci sont éparpillées et ne comptent pas en faire plus... alors oui, nous soignants devons nous révolter et pourquoi pas faire la grève du zèle ! Mais les familles devraient nous suivre pour faire vraiment pression sur ces instituts qui sont devenus des pompes à frics... avec obligations de résultats. Il suffit de regarder les grands groupes de MDR... Et on comprend que rien ne puisse évoluer sans une fédération des volontés des familles et des soignants contre ce qui est devenu un groupement de financiers. on devrait nationaliser ce secteur d'activités, rentable, à ce jour, c'est évident, pour certains !

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