jeudi 8 octobre 2015

Empathie

Récemment, en parcourant un groupe dédié aux auxiliaires de vie sur Facebook, je suis tombée sur ça :


Instantanément, j'ai pensé à Monsieur B, mais aussi à Madame LDV. J'ai aussi pensé à Madame Pasdbol et à quelques autres qui m'ont laissé un souvenir plus ou moins mitigé. Par curiosité, je suis allée lire les réponses. Au moment où j'écris ce billet, il y a une cinquantaine de commentaires sous ce post, c'est dire si la discussion va bon train. Dans les commentaires, je cherche quelques éléments décrivant un peu mieux la situation. Je découvre quelques précisions données par l'auxiliaire de vie qui témoigne :

"Je les signaler aussitôt le mr est sous tutelle,pas moment il a pas toute sa tête ,il es suivi par un psy.il es handicapée il a eu un avc très jeune .il à 55ans.pas famille"

"Elle a envoyer un mail à la tutrice de je le mois dernier il avait peut un couteau pour ce trancher la gorge on a enlever tout qui était dangereux à domicile"

"il 2frigo 1dans le bâtiment fermer au cadenas et un dans la cuisine nn fermer pour ses repas matin midi soi r prépare"

"ce le à que 12cigarette par jours ,café télé à par cela il fait rien de la journée ces pour au cache la nourriture il mangerai toute la journée. Au juste ces ça seule drogue"

Pour résumer, ce monsieur de 55 ans, célibataire sans enfant, a fait un AVC il y a longtemps, souffre de troubles cognitifs, et est sous tutelle. Il est tabaco-dépendant et semble socialement isolé. Il bénéficie d'une auxiliaire de vie pour les courses (et sans doute d'autres choses) et n'est pas autonome dans la gestion de ses repas. Il peut se montrer violent envers les autres et lui-même. Je pourrais aussi vous dire dans quel département il habite mais c'est sans intérêt pour la suite du billet.

Bon, là c'est résumé dans les grandes lignes.

Maintenant que je comprends un peu mieux le contexte, je relis les commentaires plus attentivement. Beaucoup conseillent de prévenir le/la responsable, de faire une déclaration d'accident du travail et d'exercer un droit de retrait. Des conseils sages au vu de la situation. Mais il me manque quelque chose.

Quand je m'étais trouvée en difficulté face à certains bénéficiaires violents (verbalement et/ou physiquement), j'avais eu la triste impression de ne pas être entendue. Je m'étais retrouvée seule face à des comportements que je ne comprenais pas et auxquels je n'étais pas préparée. Seule et désemparée. L'unique question que je me posais à l'époque était la suivante : comment? Comment réagir? Comment faire? Comment continuer? Je n'avais pas trouvé de réponse idéale et m'étais alors contentée d'étaler mon désarroi ici. Madame Grandchef, en me montrant gentiment la porte après que je lui avais annoncé ma grossesse, m'avait sans le vouloir rendu un grand service. En m'offrant plus de temps libre que ce que mon arrêt maternité m'octroyait, j'avais pu accompagner la fin de vie de mon père et faire une formation d'aide-soignante. Et j'ai compris une chose.

J'ai compris que je ne me posais pas les bonnes questions, ou du moins pas au bon moment. Parce qu'avant de me demander "comment", peut-être aurait-il fallu que je me demande "pourquoi". Pourquoi Madame LDV ne m'aime-t-elle pas? Pourquoi Monsieur B. est-il aussi agressif? Pourquoi Madame Pasdbol ment-elle continuellement? 
Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?
Si j'avais eu la réponse à ces questions toutes simples, j'aurais peut-être plus facilement trouvé le "comment". Comment réagir? Comment répondre? Comment faire?

Mais, pour me poser les bonnes questions, encore aurait-il fallu que je réfléchisse autrement. Je réfléchissais avec mes valeurs et ma normalité. Je pensais en tant que Babeth, aide à domicile, 35 ans, mariée, maman, en bonne santé physique et mentale. Mais ma normalité n'était pas la leur. Ma vie n'était pas la leur.
J'aurais pu réfléchir différemment, en me mettant cinq minutes à leur place.
Et si c'était moi, la veuve délaissée par ses enfants, dépendante au point de ne plus pouvoir sortir faire ses courses, à qui l'on impose une auxiliaire un peu trop souriante?
Et si c'était moi, celui qui souffre continuellement, rongé par la dépendance à l'alcool, que plus personne ne vient voir?
Et si c'était moi, la femme mal-aimée, rejetée par sa propre mère, qui n'a pas conscience de ses incohérences et reste persuadée que tout le monde ment autour d'elle?
Si c'était moi, ne serais-je pas agressive moi aussi? Ou méprisante? Ou violente?

Je ne me posais pas les bonnes questions, parce que je ne faisais pas preuve d'empathie. Je croyais être une bonne aide à domicile. J'étais souriante, polie, travailleuse. J'aimais mon travail et je ne comprenais pas pourquoi, malgré toute ma bonne volonté et mes sourires polis, je ne parvenais pas à établir une saine relation d'aide avec certains bénéficiaires. Certains m'étaient sympathiques, d'autres carrément antipathiques, et je ne savais pas me situer professionnellement au milieu de cette cascade d'émotions parasites.
Sympathie et antipathie. Voici les mots qui m'ont piégée. Trop ceci, pas assez cela. Trop proche, trop distante, trop souriante, trop sur la défensive. 

Puis j'ai fait une pause forcée, j'ai eu un enfant, j'ai perdu mon père, je suis devenue aide-soignante, et j'ai repris le travail. Différemment.
J'ai découvert l'empathie.
  

L'empathie (du grec ancien ἐν, dans, à l'intérieur et πάθoς, souffrance, ce qui est éprouvé) est une notion désignant la « compréhension » des sentiments et des émotions d'un autre individu, voire, dans un sens plus général, de ses états non-émotionnels, comme ses croyances (il est alors plus spécifiquement question d'« empathie cognitive »). En langage courant, ce phénomène est souvent rendu par l'expression « se mettre à la place de » l'autre.
Cette compréhension se produit par un décentrement de la personne et peut mener à des actions liées à la survie du sujet visé par l'empathie, indépendamment, et parfois même au détriment des intérêts du sujet ressentant l'empathie. Dans l'étude des relations interindividuelles, l'empathie est donc différente des notions de sympathie, de compassion, d'altruisme ou de contagion émotionnelle qui peuvent en découler. (Wikipédia)

J'ai réalisé que pour comprendre une situation, je dois réfléchir autrement. Non plus avec ma normalité mais avec celle de la personne qui est en face de moi. Je dois déposer mes valeurs et mes idées sur le paillasson de l'entrée et me plonger dans une autre dimension, celle de l'Autre. Je dois pouvoir l'entendre et l'écouter, le voir et le regarder. Je dois me demander ce que je ferais à sa place, avec ses valeurs, ses possibilités, et non ce qu'une personne de "ma" normalité ferait à sa place. Je dois changer de normalité comme je change de patient, voilà tout. C'est à moi de m'adapter à lui et non le contraire. Ça paraît tellement évident quand je l'écris, et je me sens tellement stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt!

Pour en revenir au débat initialement cité, je trouve qu'il illustre parfaitement le sujet. Parce qu'en lisant ce post, la première chose que j'aurais ressentie il y a quelques années, c'est de la sympathie pour la collègue agressée, ou de l'antipathie pour le responsable d'agence qui n'intervient pas. Aujourd'hui, après une naissance, un deuil, une formation et un coup de coeur professionnel (faudra que je vous parle de Naomi Feil un jour, vous m'y ferez penser?), ma première réaction a été de demander pourquoi la nourriture était sous clé, et de me dire que ça devait être terrible de devoir subir une interdiction pareille. Terrible et maltraitant
Ça paraît évident de se poser la question, je sais, mais ça ne l'était pas pour moi il n'y a encore pas si longtemps. Spontanément, ça n'aurait pas été ma priorité. J'aurais demandé "comment" mais pas "pourquoi". Et je ne me serais pas demandé comment j'aurais réagi à SA place.
Du coup, désolée si je me permets un quart d'heure cocorico (tant pis, j'assume), mais je suis contente du chemin parcouru depuis Monsieur D. et Madame LDV., contente de faire de belles rencontres qui me font voir les choses différemment, et contente de poursuivre ma route en me disant que j'ai encore plein de choses à découvrir.

Et même, j'en profite pour vous balancer un petit lien vers le #mededfr, parce qu'on en avait parlé et que ça avait été un chouette débat :

https://mededfr.wordpress.com/2014/11/13/mededfr-22-lempathie-ca-sapprend/

samedi 3 octobre 2015

Désert médical et autres tracasseries financières

À la base, il y a ce billet, et cet article.

En gros, pour résumer, ces salauds de médecins donnent des arrêts maladie en veux-tu en voilà, et ces salauds d'infirmiers libéraux coûtent beaucoup trop d'argent à la Sécu. Ça, c'est pour la version rapide. Mais le mieux serait quand même d'aller zieuter les liens, parce qu'ils valent vraiment le détour.

Du coup, elle est fâchée Amélie (la Sécu, pas ma fille). Parce que zut quand même, c'est quoi ces nantis qui dépensent l'argent public comme s'il coulait à flots? Ne seraient-ils pas légèrement inconscients? Ou je-m'en-foutistes? Voire même un peu voleurs?
Trop laxistes les médecins? Trop chers les infirmiers? La faute à qui?

Madame G., veuve, vit dans une maison isolée, loin du bourg. Pour la toilette, ça va. Pour les repas, ça va aussi. Pour le ménage, ça va à peu près. Mais y a un truc pour lequel ça va pas : les gouttes. Madame G. doit mettre des gouttes dans ses yeux tous les soirs. Toute seule, elle n'y arrive pas. Pencher la tête en arrière, lever le bras, viser juste, presser le petit flacon... l'arthrose rend la tâche trop compliquée. Le médecin lui propose alors le passage d'une infirmière libérale pour ce soin. Madame G. appelle donc le cabinet infirmier du bourg. Problème : elle habite loin, très loin, trop loin. Les infirmiers n'ont aucun autre patient dans ce secteur, et l'aller-retour chez Madame G. leur demanderait une demi-heure de plus sur leur tournée du soir, déjà blindée, pour un acte coté à 2,65€ (sans les frais de déplacement). Bref, ça va pas être possible. Madame G. est bien embêtée. Elle ne peut pas mettre ces fichues gouttes, les infirmiers ne peuvent pas non plus, alors comment faire? Elle rappelle son médecin pour lui faire part de ce problème et celui-ci lui suggère de demander au CCAS. En effet, puisque les employées de ce service font des aides à la toilette, elles peuvent peut-être mettre des gouttes dans les yeux non? Après tout, c'est pas bien compliqué. Aussitôt dit, aussitôt fait. Madame G. contacte le CCAS de sa ville et demande un passage rapide le soir. Sauf que...
Une prestation, c'est minimum une demi-heure, même si mettre des gouttes ne prend que cinq minutes (et encore, en comptant large).
Madame G. ne bénéficie pas de l'APA.
Les employées du CCAS ne sont pas infirmières mais, au mieux, auxiliaires de vie (et là je dis bien "au mieux").
Malgré tout, ça doit pouvoir être possible.
Malgré toutes ces contraintes, Madame G. n'a pas vraiment le choix, et elle accepte de payer pour un passage d'une demi-heure tous les soirs, puisque c'est la seule solution.
Donc, pour un soin simple et rapide qui aurait dû coûter 2,65€ (plus les indemnités kilométriques) (et non remboursé, au passage) s'il avait été pratiqué par le cabinet infirmier, Madame G. va débourser environ 300 euros par mois. De sa poche. Pour des gouttes dans les yeux. Ça, c'est pour le côté financier.
Parce qu'attendez, c'est pas tout. L'irrigation de l'oeil et l'instillation de collyre sont des actes infirmiers. Donc, une auxiliaire de vie, qu'elle soit diplômée ou pas, ne peut pas le faire. Elle n'en a pas le droit, c'est aussi simple que ça. Sauf que là, elle le fait quand même. Sur les conseils du médecin, sur ordre du CCAS, et au mépris de la loi. Exercice illégal de la profession d'infirmier.
Mais attendez, c'est pas fini! Une demi-heure pour mettre des gouttes, c'est beaucoup trop! Sauf que voilà, Madame G. paye, et elle paye cher. Alors puisque l'auxiliaire est là, autant qu'elle fasse quelque chose de son temps, non? Justement, ça tombe bien, il y a les bas de contention. Parce que ces fichus bas, ils sont durs à mettre, et encore plus durs à enlever! Le matin, ça va encore, elle a acheté un enfile-bas de contention et elle y arrive tant bien que mal. Mais le soir, c'est une autre histoire! Alors, puisque l'auxiliaire est là, est-ce qu'elle pourrait...? Ça, l'auxiliaire de vie a le droit de le faire, alors pas de problème.
Maintenant, le soir, elle met les gouttes et elle enlève les bas. Ça ne remplit pas la demi-heure mais c'est mieux que rien. Sauf que...
Rappelez-vous. L'auxiliaire de vie, si elle en a le titre, n'en a pas toujours le diplôme. Parfois, elle n'a rien d'autre que son expérience et sa bonne volonté. Et dans certaines situations, ça ne suffit pas.
Un jour, Madame G. ne se sent pas bien. Elle a un peu de fièvre et une douleur dans la jambe. L'auxiliaire passe le soir, met les gouttes dans les yeux et enlève les bas de contention. Madame G., peu causante d'habitude, lui parle de sa douleur. Un peu de fièvre et une douleur, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Ce soir, c'est Christelle qui intervient. Christelle est gentille, et puis elle fait ce métier depuis dix ans, elle pourra sans doute faire quelque chose. Mais voilà, Christelle a beau être gentille et expérimentée, douleur et fièvre, ça ne lui parle pas trop. Il est tard, la journée a été longue, Christelle a encore deux personnes à voir pour le repas et le coucher... Alors bon, douleur et fièvre... Elle conseille à Madame G. d'appeler son médecin le lendemain si ça va ne pas mieux, lui souhaite une bonne nuit, et s'en va.
Madame G. est en train de faire une phlébite, tout simplement. Dans la nuit, elle fera une embolie pulmonaire. Hospitalisée en urgence, elle ne rentrera qu'au bout de trois longues semaines à son domicile. Tellement affaiblie que son état nécessitera deux passages infirmiers par jour. Et finalement, ça coûtera vachement plus cher à la Sécu qu'un simple passage quotidien pour les gouttes dans les yeux.

Voilà. Je dis ça je dis rien.

jeudi 1 octobre 2015

Cinquante nuances de gris

Et voilà, on y est. Aujourd'hui est le premier jour du mois d'octobre et, comme chaque année, vous serez inondés de campagnes pour le dépistage du cancer du sein, avec événements (à la con) sponsorisés par des grandes marques, mystérieux statuts Facebook (à la con) qui n'intéressent que celles qui les postent, courses roses (à la con) et j'en passe. Si vous voulez lire des blogs intéressants sur le sujet, allez zieuter ici et . C'est bien écrit, c'est intelligent et pas gnangnan, et en plus les nanas qui écrivent sont deux très chouettes filles qui gagnent à être connues. Ça c'était pour le quart d'heure promo des copines, passons au sujet qui m'intéresse.

Parce que bon, le 1er octobre ne marque pas que le début d'octobre rose, c'est aussi la journée internationale des personnes âgées. Mais là, bizarrement, y a pas de couleur "officielle" associée. Enfin si, y en a une... L'argent. La silver economy, voilà une expression à la mode. Parce que les vieux, ça coûte cher d'un côté, mais ça rapporte aussi beaucoup de l'autre. Du coup, j'avoue que pour le tire du jour, j'ai failli opter pour "La couleur de l'argent". Et puis non. Parce que j'avais pas envie de parler de ça, du moins pas aujourd'hui (mais je me le mets dans un coin de ma tête pour plus tard). Du coup, pour rester dans le thème des couleurs (c'est plus vendeur), on pourrait faire simple et choisir le gris, tout simplement. Le gris, c'est bien, c'est sobre, c'est digne. L'ennui c'est que c'est pas très glamour, donc pas très vendeur, sauf si on parle des nuances du gris... Nuances de Grey... Vous suivez? Bref, vu que le "50 nuances de Grey" est déjà pris (c'est le cas de le dire), parlons plutôt des "50 nuances de gris", vous voulez bien?

Pour commencer, faites une petite expérience. Allez sur google, tapez "vieux et" dans la barre de recherche, et admirez le résultat. Pour les paresseux, voici la copie d'écran :


Donc, quand on est vieux, généralement, on est méchant. Premier cliché.
Ou gentil. Deuxième cliché. Parce que de nos jours, l'image du vieux, c'est souvent celle du "gentil petit vieux" ou celle de la "méchante petite vieille" (ou l'inverse). Ou alors, soyons fous, tentons la vieillesse excentrique, celle qui fait parler d'elle et fait de vous un super vieux. Troisième cliché. Ou la vieillesse héroïque, celle qui a survécu à tout et continue vaillamment d'affronter les vicissitudes de la vie. Quatrième cliché. Ou la vieillisse sage, celle qui a tout vu tout entendu et en a fait une leçon de vie. Cinquième cliché. Je pourrais continuer encore longtemps. Mais c'est lassant.

Je connais beaucoup d'hommes et de femmes âgés. Certains font dans le cliché, d'autres pas. La plupart d'entre eux sont comme vous, moi, le voisin ou tata Fernande : ils sont comme ils sont, avec des rides en plus, point.

Ils ne sont pas "plus méchants", "plus gentils", "plus excentriques", "plus héroïques" ou "plus sages" que les moins vieux.
Toutes les vieilles dames ne font pas du tricot et des confitures, tous les vieux messieurs ne font pas du jardinage et de la pêche à la ligne (peut-être qu'ils font de la zumba et du saxophone).
Ceux qui ont connu la guerre n'étaient pas tous des résistants ou des collabos (peut-être qu'ils se sont contentés de la traverser en essayant "juste" d'y survivre, ce qui est déjà pas mal).
Ceux qui ont vécu très longtemps ne possèdent pas tous la docte sagesse de Socrate (peut-être même qu'ils sont cons, si si, ça existe!).
Ceux qui meurent seuls et oubliés ne sont pas forcément victimes d'un drame de la solitude (peut-être qu'ils n'aimaient pas les gens).
Ceux qui sont dépendants n'ont pas tous besoin d'une gentille dame de compagnie qui leur fera la causette en passant le balai (peut-être aussi qu'ils ont juste envie qu'on fasse le ménage et rien d'autre).

Hélène collectionne les timbres. Bernard bricole en fumant le cigare. Jacqueline suit des cours d'histoire de l'art. Henri suit tous les régimes à la mode. Joséphine ne fait jamais de sieste. Yolande fait de très bons gâteaux. Maurice adore se déguiser.
Et vous? Et moi? Quelle sorte de vieux allons-nous devenir? Serons-nous des clichés? Des rebelles? Plutôt Madame Doubtfire ou Tatie Danielle? Gentille petite mamie ou ignoble mégère?
Je ne veux ni du tout blanc ni du tout noir. Je serai peut-être une sage extravagante, ou une adorable mégère. Je ferai de la confiture après mon cours d'équitation et prendrai des cours de croate après la sieste. Je boirai du schnaps entre deux régimes et ferai des blagues au téléphone. Je mettrai du muguet sur les tombes et relirai tout Boris Vian.
Bref, je serai comme un ciel breton... en cinquante nuances de gris.