jeudi 24 décembre 2015

La visite

La scène se passe dans un hôpital de taille moyenne. Pas un gros centre hospitalier universitaire, ni un petit hôpital local. Un "simple" centre hospitalier, avec des services de chirurgie, des urgences, une maternité. Bref, un hôpital.
Service de chirurgie orthopédique. Une dame d'un certain âge occupe la chambre. Elle est hospitalisée suite à une fracture du col du fémur,  et souffre également de la maladie d'Alzheimer. Il est midi et une stagiaire aide-soignante l'aide à prendre son repas.
Deux petits coups brefs à la porte, entrent le chirurgien, une infirmière et une élève infirmière. Tous trois s'avancent vers la patiente et l'élève aide-soignante et, sans se présenter, commencent leur conversation. L'infirmière présente rapidement "le cas" : l'opération a eu lieu il y a quelques jours déjà, les redons ont été enlevés, le premier lever s'est bien passé, la patiente va bientôt pouvoir rentrer chez elle.
- Elle est veuve? demande le chirurgien.
- Non, elle vit à domicile avec son mari, répond l'infirmière.
- Ah mais ça va pas du tout ça! Elle est complètement à l'ouest cette dame, hors de question qu'elle rentre chez elle. Trouvez lui un service de soins de suite et voyez avec l'assistante sociale pour un placement en EHPAD au plus vite! Au-revoir madame, et bon appétit.
La petite troupe repart aussi vite qu'elle était entrée. L'échange n'a duré qu'une ou deux minutes à peine. La patiente écarquille les yeux.
- J'ai rien compris, souffle-t-elle d'une voix hésitante à la stagiaire qui n'a pas osé lever les yeux du plateau repas.
- L'infirmière viendra vous expliquer tout à l'heure, répond cette dernière tout aussi éberluée.
Et le repas reprend son cours presque normalement. Presque, parce qu'en quelques minutes, un homme a décidé du sort d'une femme qu'il connaissait à peine. Comme ça, d'un claquement de doigts.
Allez hop, chambre suivante!

9 commentaires:

  1. Quelle honte ! Ma mère ayant passé 3 mois à l'hôpital, nous avons entendu ces mêmes discours, ma mère ne souffre pas d'Alzheimer, mais a temporairement perdu ses répères suite aux produits d'anesthésie), heureusement que nous sommes 4 enfants et que nous nous sommes battus. J'espère que cette dame pourra échapper à son triste sort.

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  2. ça marche vraiment comme ça?
    Je suis choquée!

    Je pensais que pour entrer en EHPAD il fallait l'accord de la personne, ou a minima de sa famille (si la personne était incapable de décider elle même)

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  3. Terrifiant... :(

    Ça me rappelle une petite anecdote, que j'avais publiée sur Psygero :

    "Le diagnostic est tombé, c'est écrit dans le dossier médical de Madame B.
    Comment va-t-elle réagir, lorsqu'elle l'apprendra ?
    Comment va-t-elle vivre avec cette terrible vérité ?
    L'acceptera-t-elle un jour ?
    Son médecin est formel.
    Madame B. est "très à l'ouest".

    (sous vos applaudissements)"

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  4. En ehpad, nous faisons des pré accueil et la personne ne rentre pas si elle n'est pas consentente, mais malheureusement ce n'est pas partout!

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  5. Bof.
    L'avantage avec le ssr, c'est qu'elle a de bonnes chances d'avoir un gériatre.
    Un chir reste malheureusement un chir, avec souvent une vision de la prothèse et non du patient...

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  6. Bravo et merci pour votre empathie.
    Quelquefois, c'est compliqué, mais quand personne ne demande rien à personne, pourquoi s'en mêler ?

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  7. un medecin qui a oublié que sous sa blouse il y a un etre humain, et qu'en face de lui la patiente est aussi un etre humain !!

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  8. Merci pour ce billet ! C'est incroyable de décider de la vie d'un patient de cette manière. J'ose espérer qu'une seule personne ne peut pas prendre de genre de décision et que plusieurs professionnels se concertent avant de placer une personne âgée.

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