samedi 3 octobre 2015

Désert médical et autres tracasseries financières

À la base, il y a ce billet, et cet article.

En gros, pour résumer, ces salauds de médecins donnent des arrêts maladie en veux-tu en voilà, et ces salauds d'infirmiers libéraux coûtent beaucoup trop d'argent à la Sécu. Ça, c'est pour la version rapide. Mais le mieux serait quand même d'aller zieuter les liens, parce qu'ils valent vraiment le détour.

Du coup, elle est fâchée Amélie (la Sécu, pas ma fille). Parce que zut quand même, c'est quoi ces nantis qui dépensent l'argent public comme s'il coulait à flots? Ne seraient-ils pas légèrement inconscients? Ou je-m'en-foutistes? Voire même un peu voleurs?
Trop laxistes les médecins? Trop chers les infirmiers? La faute à qui?

Madame G., veuve, vit dans une maison isolée, loin du bourg. Pour la toilette, ça va. Pour les repas, ça va aussi. Pour le ménage, ça va à peu près. Mais y a un truc pour lequel ça va pas : les gouttes. Madame G. doit mettre des gouttes dans ses yeux tous les soirs. Toute seule, elle n'y arrive pas. Pencher la tête en arrière, lever le bras, viser juste, presser le petit flacon... l'arthrose rend la tâche trop compliquée. Le médecin lui propose alors le passage d'une infirmière libérale pour ce soin. Madame G. appelle donc le cabinet infirmier du bourg. Problème : elle habite loin, très loin, trop loin. Les infirmiers n'ont aucun autre patient dans ce secteur, et l'aller-retour chez Madame G. leur demanderait une demi-heure de plus sur leur tournée du soir, déjà blindée, pour un acte coté à 2,65€ (sans les frais de déplacement). Bref, ça va pas être possible. Madame G. est bien embêtée. Elle ne peut pas mettre ces fichues gouttes, les infirmiers ne peuvent pas non plus, alors comment faire? Elle rappelle son médecin pour lui faire part de ce problème et celui-ci lui suggère de demander au CCAS. En effet, puisque les employées de ce service font des aides à la toilette, elles peuvent peut-être mettre des gouttes dans les yeux non? Après tout, c'est pas bien compliqué. Aussitôt dit, aussitôt fait. Madame G. contacte le CCAS de sa ville et demande un passage rapide le soir. Sauf que...
Une prestation, c'est minimum une demi-heure, même si mettre des gouttes ne prend que cinq minutes (et encore, en comptant large).
Madame G. ne bénéficie pas de l'APA.
Les employées du CCAS ne sont pas infirmières mais, au mieux, auxiliaires de vie (et là je dis bien "au mieux").
Malgré tout, ça doit pouvoir être possible.
Malgré toutes ces contraintes, Madame G. n'a pas vraiment le choix, et elle accepte de payer pour un passage d'une demi-heure tous les soirs, puisque c'est la seule solution.
Donc, pour un soin simple et rapide qui aurait dû coûter 2,65€ (plus les indemnités kilométriques) (et non remboursé, au passage) s'il avait été pratiqué par le cabinet infirmier, Madame G. va débourser environ 300 euros par mois. De sa poche. Pour des gouttes dans les yeux. Ça, c'est pour le côté financier.
Parce qu'attendez, c'est pas tout. L'irrigation de l'oeil et l'instillation de collyre sont des actes infirmiers. Donc, une auxiliaire de vie, qu'elle soit diplômée ou pas, ne peut pas le faire. Elle n'en a pas le droit, c'est aussi simple que ça. Sauf que là, elle le fait quand même. Sur les conseils du médecin, sur ordre du CCAS, et au mépris de la loi. Exercice illégal de la profession d'infirmier.
Mais attendez, c'est pas fini! Une demi-heure pour mettre des gouttes, c'est beaucoup trop! Sauf que voilà, Madame G. paye, et elle paye cher. Alors puisque l'auxiliaire est là, autant qu'elle fasse quelque chose de son temps, non? Justement, ça tombe bien, il y a les bas de contention. Parce que ces fichus bas, ils sont durs à mettre, et encore plus durs à enlever! Le matin, ça va encore, elle a acheté un enfile-bas de contention et elle y arrive tant bien que mal. Mais le soir, c'est une autre histoire! Alors, puisque l'auxiliaire est là, est-ce qu'elle pourrait...? Ça, l'auxiliaire de vie a le droit de le faire, alors pas de problème.
Maintenant, le soir, elle met les gouttes et elle enlève les bas. Ça ne remplit pas la demi-heure mais c'est mieux que rien. Sauf que...
Rappelez-vous. L'auxiliaire de vie, si elle en a le titre, n'en a pas toujours le diplôme. Parfois, elle n'a rien d'autre que son expérience et sa bonne volonté. Et dans certaines situations, ça ne suffit pas.
Un jour, Madame G. ne se sent pas bien. Elle a un peu de fièvre et une douleur dans la jambe. L'auxiliaire passe le soir, met les gouttes dans les yeux et enlève les bas de contention. Madame G., peu causante d'habitude, lui parle de sa douleur. Un peu de fièvre et une douleur, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire? Ce soir, c'est Christelle qui intervient. Christelle est gentille, et puis elle fait ce métier depuis dix ans, elle pourra sans doute faire quelque chose. Mais voilà, Christelle a beau être gentille et expérimentée, douleur et fièvre, ça ne lui parle pas trop. Il est tard, la journée a été longue, Christelle a encore deux personnes à voir pour le repas et le coucher... Alors bon, douleur et fièvre... Elle conseille à Madame G. d'appeler son médecin le lendemain si ça va ne pas mieux, lui souhaite une bonne nuit, et s'en va.
Madame G. est en train de faire une phlébite, tout simplement. Dans la nuit, elle fera une embolie pulmonaire. Hospitalisée en urgence, elle ne rentrera qu'au bout de trois longues semaines à son domicile. Tellement affaiblie que son état nécessitera deux passages infirmiers par jour. Et finalement, ça coûtera vachement plus cher à la Sécu qu'un simple passage quotidien pour les gouttes dans les yeux.

Voilà. Je dis ça je dis rien.

1 commentaire:

  1. j'ai toujours beaucoup de peine à lire des témoignages pareil, sur la detresse, le laisser pour contre, des personnes âgées ! ça me révolte.
    Celestine

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