samedi 13 septembre 2014

Bravoooooo! (suite)

Bon... Il faut que je revienne sur le billet Bravoooooo!

Je comptais faire une réponse reprenant quelques commentaires tirés de facebook mais j'avoue que je n'ai pas le courage de les recopier ici (c'est surtout que je manque de temps en fait, ça me prendrait des heures!)
J'avoue avoir été surprise par la violence de certaines réactions. Juste pour le plaisir, en voici quand même quelques unes :
"Ahah ça se voit qu'elle n'est qu étudiante parce qu'elle n'a rien compris. Elle parle de sujets qu'elle ne connaît pas et elle généralise."
"texte aussi idiot inutile et dénué de connaissances."
"vous compter dire au soignants ce qu'ils faut dire aux soignés sans leur laisser parler avec leur spontanéité et leur coeur ?"
"Que de caricature dans ce texte... Hâte de vous voir en poste"
"Sans intérêt..... Encore un étudiant qui se sent mieux pensant que les soignants... "
"Pffff et elle se croit drôle avec son mot de pseudo esprit.... "
"on verra bien quand elle sera diplômée depuis plusieurs année comment elle se comportera spontanément!"
"Et je pense que cette personne à écrit ce texte plus pour faire plaisir ou bien paraitre au yeux de sa formatrice . ( donner des petits surnoms ou être amical et familier relève d'une sorte de maltraitance ) . Que pour elle même ."
Car avec l'expérience elle changera surement d'avis" (celui-là je l'adore!)

"Oui on les infantilise et alors ??" (celui-là aussi)

J'arrête ici, j'ai le tournis. Vous pouvez lire la suite ici et . Et en passant, je rebondis sur ce commentaire : 
"J'espère au moins que tous ces commentaires, lui permettront de se questionner, de questionner les soignants, pour ensuite un second texte avec un peu plus de professionnalisme. "
Donc, allons-y pour un texte un peu plus "professionnel".

1) Oui, je me questionne. Et même, je ne fais que ça. Tout le temps. Au boulot. En voiture. À la maison. En faisant mes courses. En mangeant ma purée... 
Beaucoup de mes phrases commencent "Au fait je pensais à un truc tout à l'heure..."  
C'est fatigant. Pour moi comme pour les autres (j'avoue). Je ne souhaite à personne d'être dans ma tête, parce que toutes ces questions tournent et retournent sans cesse. Et pour toutes ces questions, il me faut des réponses. Alors je lis, j'interroge, je réfléchis. Et ça aussi c'est fatigant. D'ailleurs, parfois, j'aimerais bien me poser un peu moins de questions. Ça me rendrait la vie plus facile. Et le boulot aussi. Surtout le boulot d'ailleurs. Parce que bon, faut quand même que je précise une "petite" chose, et j'en arrive au...

2) Non je ne suis pas une jeune étudiante écervelée qui arrive en fanfare pour sortir son discours prêchi-prêcha aux soignants aguerris. Je suis aide-soignante, diplômée (bon, le site infirmiers.com est resté sur l'ancienne présentation, pas grave, les réactions concernant ces branleurs d'étudiants étaient très intéressantes), et je travaille en EHPAD.
Avant ça, j'étais auxiliaire de vie, non diplômée, et je travaillais à domicile avec des personnes âgées.
Encore avant j'étais monitrice-éducatrice, diplômée, et je travaillais en institution avec des personnes handicapées.
Encore encore avant j'étais "rien du tout", non diplômée, et je travaillais en crèche avec des enfants.
Accessoirement, j'ai deux enfants, mais ça on s'en fout (un peu). J'en arrive donc au...

3) Avec tout ça, ça commence à faire un certain nombre d'années que je travaille avec des publics dits "fragiles", et ça fait tout autant d'années que j'exècre le parler-bébé et la gagatisation. Et quand bien même je serais une jeune étudiante fraîchement arrivée dans son IFAS, qu'est-ce que ça changerait? Il n'y a que les professionnels diplômés ayant dix ans d'expérience qui ont le droit de parler? Les autres doivent attendre leur tour? Belle mentalité. Je comprends mieux la souffrance des stagiaires... À en croire certains, il y aurait donc d'un côtés les jeunes cons prétentieux, et de l'autre les vieux sages aguerris? Et c'est moi qu'on taxe de manichéisme?

4) Ce billet, je l'ai écrit un peu à la va-vite, je l'avoue. Alors oui, il est sans doute caricatural (j'assume), peut-être prêchi-prêcha (j'assume aussi), mais "idiot", "inutile", "dénué de sens et de connaissances"... ça, Votre Honneur, je proteste! Parce que bon, je suis peut-être une jeune conne arrogante dénuée de bon sens, mais le sujet traité ici n'est pas pour autant si dénué d'intérêt que ça, n'en déplaise à tous les parfaits professionnels qui l'ont commenté. D'ailleurs, l'infantilisation des personnes âgées a déjà été traitée de nombreuses fois, c'est donc qu'il y a matière à y réfléchir non? En cherchant un peu, il y a plein d'articles disponibles un peu partout. Rassurez-vous, ils n'ont pas été écrits par des étudiants arrogants mais par des psychologues, des médecins, des aidants... Bref, des gens qui ne sont pas forcément des élèves arrogants et imbus d'eux-mêmes.
Comme je suis sympa, je vous mets quelques liens : 

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=JDP_256_0034

http://www.soignantenehpad.fr/pages/maltraitance/le-parler-pepe-et-meme-en-e-h-p-a-d.html

http://www.soignantenehpad.fr/pages/maltraitance/ou-commence-la-maltraitance.html

http://www.evolute.fr/relation-aide/infantilisation-personnes-agees 

5) Il y a un truc que j'aime bien, c'est la communication. Apprendre à donner un point de vue et à recevoir celui de l'autre. Apprendre à se parler sans s'agresser. Apprendre à écouter des arguments. Apprendre à s'informer aussi. S'il y a bien un métier où je trouve la communication essentielle, c'est celui de soignant. Parce qu'on travaille avec et pour d'autres. Parce qu'on s'enrichit de nos expériences. Parce qu'on essaie de progresser. Parce qu'on peut se tromper. Je suis sans doute une incorrigible naïve, mais je crois dur comme fer aux bienfaits du dialogue et de l'échange d'idées, dans le calme et le respect de chacun. Il ne me viendrait pas à l'esprit d'aller pourrir un(e) collègue parce que je ne suis pas d'accord avec ses idées. Mais bon... Je suis une incorrigible naïve.

6) J'écris sur ce blog depuis un petit moment. J'y raconte une expérience, la mienne, j'y parle de valeurs, les miennes. Je ne force personne à venir lire, je n'oblige personne à être d'accord avec ce que j'écris. C'est un espace de liberté, mon espace. Et quand je vois des collègues utiliser le parler pépé-mémé avec des résidents, je ne les prends pas dans un coin pour leur dire ma façon de penser. C'est leur façon de faire, leur façon d'être, ça ne me regarde pas. Par contre, si on aborde le sujet et qu'ils/elles me parlent d'une étude expliquant que c'est bénéfique, je pense que j'aurai la décence d'aller lire l'étude en question afin de confronter nos points de vue.

7) Je fais des erreurs, comme tout le monde. J'essaie, je me trompe, j'essaie autre chose. Parfois je me trompe encore. Je tâtonne, je cherche, j'apprends. Et j'espère apprendre pendant longtemps encore. J'espère n'avoir jamais de certitudes, laisser mon esprit ouvert à d'autres apprentissages, d'autres façons de faire. J'essaie de faire comme Socrate : en admettant que je ne sais pas, j'accepte d'apprendre. Alors que si je suis sûre de savoir, je dois d'abord désapprendre pour pouvoir apprendre à nouveau. Et si un jour je suis pétrie de certitudes, si j'estime que je n'ai de leçon à recevoir de personne, je ne manquerai pas d'aller le clamer sur les réseaux sociaux en incendiant les élèves et les débutants, ces morveux qui croient tout savoir mieux que tout le monde!
 
PS : je ne parle même pas des pseudo-références scientifiques qui justifieraient l'infantilisation, étant donné qu'aucune source n'était citée.

8 commentaires:

  1. Je vous soutiens, votre texte mérite de circuler ! Incroyable qu'il suscite de telles réactions...est ce parce qu'il nous remet TOUS en question ? CONTINUEZ !!!

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  2. J'adore votre façon de penser Babeth. Vous êtes une excellente soignante, j'en suis certaine. Continuez à réfléchir comme vous le faites. C'est tellement important … Merci.

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  3. Je vous lis en "sous-marin" depuis pas mal de temps, car je ne commente jamais. Mais là, je prends mon clavier pour vous dire que j'adore ce que vous écrivez, que ce texte doit nous faire réfléchir sur notre manière de prendre soins. Je trouve vraiment dommage que certains soignants se sentent attaqués dès que l'on remet en cause notre manière de travailler, de fontionner. Signé une infirmiére ayant 17 ans d'ancienneté.

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  4. Dites vous bien une chose : vous êtes meilleur que ceux qui vous ont vilipendée. A la lecture de votre précédant billet, ils s'en sont sans doute aperçu inconsciemment. Mais plutôt que de se remettre en question, il est plus facile de vous rabaisser à une jeune écervelée ! Continuez de les déranger !

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  5. Ton texte était très bien et malheureusement très vrai, ce que beaucoup n'ont pas supporté apparemment.
    Mais ne perds pas ton énergie à répondre à ce genre de critiques,
    je crois vraiment que ça ne mérite pas une réponse.
    Kyra

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  6. Toi aussi te voilà confrontée à une forme de maltraitance. C'est éprouvant, rageant, mais cela te permettra j'en suis certain de développer des qualités d'écoute et une sensibilité toute particulière à l'égard de la souffrance des autres. Un mal pour un bien. Courage !

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  7. mmmh... que tout ceci me questionne ça sent terriblement les personnes qui réagissent par culpabilité après s'être vu tendre un mirroir ou pour le dire moins élégamment s'être fait mettre le nez dans leur propre caca... le texte était parfait, rien à redire, celui qui se sent mal en le lisant, qu'il s'interroge sur ses pratiques....

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  8. mmmh... que tout ceci me questionne ça sent terriblement les personnes qui réagissent par culpabilité après s'être vu tendre un mirroir ou pour le dire moins élégamment s'être fait mettre le nez dans leur propre caca... le texte était parfait, rien à redire, celui qui se sent mal en le lisant, qu'il s'interroge sur ses pratiques

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