dimanche 21 décembre 2014

Petites maltraitances ordinaires

En tant qu'aidante quand mes parents ont été malades, en tant que patiente hier et demain, en tant que soignante aujourd'hui, je vois et je vis ce que j'appelle des "petites maltraitances ordinaires". Vous savez, ces petites phrases prononcées nonchalamment au détour d'un couloir hospitalier, ces petites négligences dans les soins, ces petites maladresses qu'on croit sans conséquences...

On n'ose pas dire au médecin qu'un mot nous a fait mal.
On ne se plaint pas d'un soignant qu'on trouve parfois un peu brusque.
On serre les dents quand on souffre.

Mais au fait, pourquoi ne dit-on rien? De quoi a-t-on peur au juste?
Pourquoi ne pas raconter, pourquoi ne pas dire ce qui nous fait souffrir?

Je suis soignée, tu es soignant.
Je suis soignante, tu es soigné.
Parfois, nous ne nous comprenons pas. Parfois, il suffit juste de se parler, de dire qu'un geste était maladroit, d'expliquer qu'une parole était malvenue.
Parfois, c'est suffisant. Et si ça ne l'est pas, ça aura au moins le mérite d'être posé et, qui sait, de servir à d'autres.

Voilà, c'est un tout petit billet, c'est juste pour vous présenter ce nouveau blog : http://petitesmaltraitancesordinaires.blogspot.fr/

Un blog participatif, où vous pouvez venir raconter vos expériences, pour que ça puisse servir.

Parce qu'en tant que patiente, j'aurais parfois aimé qu'on me considère autrement.
Parce qu'en tant qu'aidante, j'aurais souvent eu besoin d'explications.
Parce qu'en tant que soignante, j'ai encore tant et tant à apprendre.

Vous pouvez déposer vos témoignages à l'adresse suivante : vieuxetmerveilles@hotmail.fr

Et pour ceux que le sujet intéresse, sachez qu'il y aura bientôt un #mededfr sur le sujet.



dimanche 26 octobre 2014

La vie rêvée de l'aide à domicile

On leur a dit que c'était le plein emploi.
On leur a dit qu'elles pourraient choisir leurs horaires.
On leur a dit qu'avec le diplôme elles auraient un salaire correct et une reconnaissance sociale.
Alors elles se sont engouffrées dans cette voie, les yeux fermés et le coeur vaillant.
Certaines sont retournées sur les bancs de l'école.
Elles ont passé le DEAVS (Diplôme d'État d'Auxiliaire de Vie Sociale).
D'autres ont été embauchées sans diplôme, sur la seule base de leur bonne volonté. Mais on leur a promis qu'on leur ferait faire une formation en cours d'emploi.
Elles ont découvert le monde merveilleux de l'aide à domicile.
Désenchantement.
Les situations racontées ici sont issues de divers forums de discussions consacrés aux auxiliaires de vie. Les noms et les détails des situations ont été changés pour préserver l'anonymat de celles qui témoignent.

Hier j'ai eu un accident de voiture. Je me retrouve sans véhicule et mon contrat se termine demain. Je devais être renouvelée, mais sans véhicule c'est impossible.


Le fils d'une personne chez qui je dois intervenir ce soir à 19h me reproche d'être en arrêt maladie. À l'entendre il ne peut pas compter sur moi et ne comprend pas pourquoi je suis en arrêt aujourd'hui alors que je n'avais pas l'air malade hier. Il m'a demandé d'en savoir plus sur mon arrêt.


J'ai refusé une intervention de 30mn tous les soirs à 40 km de chez moi et jai eu un avertissement.



Marre qu'ils me rajoutent des heures sur mes repos. Même pas un appel, juste un planning reçu sur mes mails en me rajoutant deux missions demain alors que je n'ai plus de voiture actuellement. Je pète les plombs.



J'ai réussi l'écrit et l'oral pour le DEAVS et on me dit qu'on ne peut plus me financer la formation. C'était vraiment mon projet, je me sens mal.



Je suis aide à domicile. Mes employeurs me demandent de signer un autre contrat qui ferait passer les indemnités kilométriques de 0.45€ à 0.15€. Les autres filles ont signé mais j'hésite.



D'habitude je suis en repos le jeudi mais cette semaine on m'a envoyée en formation jeudi donc m'ont on  m'a mis en repos lundi dernier à la place. Je travaille ce week-end et mon prochain repos est jeudi prochain donc ça me fait neuf jours de travail à la suite.



Intervenir chez une personne dont les seules informations transmises sont l'adresse, la pathologie (hémiplégie) et, je cite, "est très exigeante". Il s'avère que la personne est également aphasique. Je me suis sentie bien démunie face à cette dame que je suis censée aider et soulager alors que l'intervention n'a été que source de stress et de frustration pour toutes les deux.

Comment faites-vous pour gérer une personne atteinte d'Alzheimer? J'ai beaucoup de mal, elle est très agressive avec moi. Hier quand je suis partie de chez elle j'en avais mal au ventre tellement j'en avais pris pour mon grade, du style que je suis là pour nettoyer sa merde et que je suis payée pour ça. J'ai essayé d'en discuter avec ma responsable mais elle me dit que c'est la maladie qui veut ça.


Une de mes collègues a refusé une intervention ce week-end car elle n'avait pas les moyens de faire garder son fils. Pas assez d'heures mensuelles, pas de compagnon, seule pour élever son enfant. Elle a le statut d'aide à domicile et on lui demande de travailler le soir pour repas et mise au lit.

Je viens d'appeler mon chef de secteur pour déplacer un rendez-vous pour la préparation de mon prochain oral pour passer la VAE du DEAVS et il me répond que si c'est accordé ils me prennent un congé payé.

Ils ont LE DROIT , ou devrais-je dire TOUS les DROITS. La journée de congé payé ils la prennent alors que vous êtes en formation oui oui ils ont le DROIT. Je craque, je craque et je les HAIS!



Je suis auxiliaire de vie à temps plein dans une association. Arrivant en fin d'année, nous avons passé une année avec des plannings surchargés. J'ai plus de 200 heures supplémentaires. Ils nous disent qu'au bout de deux refus d'interventions nous aurons un blâme et au bout de trois blâmes une mise à pied.


Je suis en congés du lundi 22 au dimanche 28 (congés acceptés par ma responsable). Or, en recevant mon planning des interventions des week-end, je constate que je dois travailler le dimanche 28.



Je suis embauchée depuis mai en CDI, ils m'ont fait plein de promesses. Au début, j'ai remplacé les absentes et j'ai fait beaucoup d'heures (au moins 50h/semaine). À présent je fais peu d'heures car les absentes sont revenues, elles ont repris « leurs » bénéficiaires. Ils embauchent des nouvelles au lieu de me rajouter des heures, je ne comprends pas leur façon de faire. Je ne fais que du ménage et je remplace souvent quand il n'y a personne d'autre. Je suis démotivée, d'autant plus que je suis la seule à avoir le DEAVS, et en plus payée au SMIC. Sur ma fiche de paye, la qualification, le coef, néant, il y a juste marqué assistante.



Je suis aide à domicile. Nous devrions avoir 11h/an de temps de soutien. À ce jour j'ai eu deux réunions d'une heure, que je ne nommerai pas de temps de soutien car concrètement il s'agit plutôt de rappels à l'ordre de la direction. En même temps il y a des choses que j'aimerais exprimer et que je garde sur le cœur car je ne me sens pas d'en parler pendant ces réunions.



Je suis aide à domicile, je dois me rendre chez un client mais pour cela il faut que je passe avant au bureau chercher les clés. Après la prestation je dois retourner au bureau rendre les clés avant de me rendre chez le client suivant. Ce n'est pas compté en temps de travail effectif et les kilomètres ne sont pas indemnisés.



Chez nous la remise des plannings et le temps pour les transmissions d'informations ne sont pas comptés.



La dame chez qui j'interviens me fait sans cesse des reproches et ne me dit même pas bonjour quand j'arrive. Elle est tout le temps derrière moi à se plaindre et à me dire que je ne sais pas travailler. Elle me fait lessiver les murs, nettoyer la cuisinière, les faïences, la baignoire... « pour me faire chier » (ce sont ses mots). À force de me faire humilier et rabaisser j'en ai parlé à ma responsable car je refusais d'y retourner. Il y a eu confrontation, la bénéficiaire est allée jusu'à gifler ma responsable... mais je dois quand même y retourner. J'en suis malade.



J'ai eu un PV de 17€ pour stationnement car temps dépassé. C'était pendant une intervention à domicile. Nous n'avons pas de macaron et mon employeur refuse de m'indemniser.



Je suis en déficit d'heures depuis quatre mois et ma responsable de secteur me dit qu'ayant le diplôme je coûte plus cher. Les collègues n'ayant pas de diplôme coûtent moins cher et sont, elles, en excédent d'heures. Elle me met une certaine pression en me rappelant de rattraper cela, quitte à faire des heures et des kilomètres.


J'interviens chez une dame en GIR1. Les limites de mes compétences sont largement dépassées. J'ai fait une fiche de signalement mais mon asso ne veut pas que j'arrête le dossier car ça me ferait perdre des heures. Il n'y a pas de lit médicalisé et la personne est vraiment difficile à manipuler du fait de sa maladie. Il faudrait y aller à deux mais personne ne veut rien savoir, mon supérieur a menacé de me licencier si je continuais à me plaindre.



Mon employeur est décédé. Son frère, qui était son tuteur, ne m'a pas payée le dernier mois, ce qui représente 176 heures. De plus, il ne m'a pas remis le document de fin de contrat. Il me dit que le compte est bloqué et que c'est le notaire qui s'occupera de tout ça. Je n'ai plus de travail, rien pour le prouver, et pas de salaire. Que faire ?



Planning du lundi : 9h15 – 10h15 puis 12h30 – 13h15 puis 16h30 – 17h puis 20h – 20h30. 2H45 de payées et 3h de déplacements non indemnisées.



Ma responsable m'a appelée à 10h pour me donner une mission de 15h à 17h. N'ayant personne pour aller chercher mon fils à l'école, j'ai dû refuser. Elle me soutient qu'étant en dessous de mon quota d'heures pour le mois, si je refuse cette mission elle m'enlèvera deux heures sur mon salaire.



J'interviens 5 fois par semaine chez un monsieur qui s'alcoolise et qui a des gestes déplacés (tentatives d'attouchements). J'ai prévenu ma responsable mais celle-ci continue de m'envoyer chez lui car personne d'autre ne veut y aller. Je me sens mal, je ne peux plus rien avaler, j'ai mal au ventre. Je ne me sens ni écoutée ni soutenue.



Je travaille du 5 au 15 mars inclus, sans interruption, ce qui fait 55h de travail sans un jour de repos. Puis du 25 au 31, sans repos également. Ça me fatigue d'avance, je ne suis pas sûre de tenir.



Je suis AVS. Lors du transfert d'un patient mon dos s'est bloqué. Le médecin m'a prescrit un arrêt. Suite à cet accident j'ai demandé à mon employeur (le patient qui m'emploie en CESU) un lève-malade mais cela a été refusé. Je le soupçonne de vouloir me licencier car d'après lui je ne peux plus effectuer les tâches qui me sont demandées. En a-t-il le droit ?



Ça fait deux semaines que je bosse pour une association et je n'en peux plus. Je suis épuisée, lessivée. Je commence tous les jours à 8h pour finir à 20h avec un trou de 14h à 17h.

Je suis aide à domicile sans diplôme. J'interviens chez une personne pour une toilette complète au lit. Elle a fait un AVC et ne peut même pas tenir un gant. Je lui mets les médicaments au coin de la bouche pour qu'elle les avale. Que se passe-t-il en cas de problème?

J'ai obtenu le DEAVS grâce à une VAE que j'ai effectuée en dehors de mon temps de travail, avec financement personnel. Mon employeur refuse de changer ma fiche de poste car il m'a embauchée en tant qu'aide à domicile et non en tant qu'auxiliaire de vie. Huit ans d'ancienneté dans cette boîte.

Commencer à 7h et finir à 20h30. Je suis fatiguée.

D'après ma responsable de secteur il est tout à fait normal de ne pas avoir de repos quand on travaille le week-end, ce qui nous fait donc douze jours d'affilée. C'est normal?

J'ai un week-end de repos pour quatre semaines de travail, c'est normal?

Mon employeur ne me fournit pas de gants, ni pour le ménage ni pour les toilettes, et encore moins de solution hydro-alcoolique. J'achète tout moi-même.

Je n'ai mon planning que le jeudi ou le vendredi pour la semaine suivante, ça me pose souvent des problèmes d'organisation.

Je suis auxiliaire de vie. J'ai un contrat de 120h/mois mais mon patron veut le réduire. Comme j'ai refusé, il m'a quand même enlevé une trentaine d'heures et me fait faire le ménage dans les bureaux.

J'ai mon diplôme d'auxiliaire de vie mais suis payée en tant qu'aide ménagère.

Je suis aide à domicile non diplômée. J'interviens chez une dame handicapée très dépendante. Je prépare son pilulier, écrase les médicaments, les lui donne, la fais manger, lui fais sa toilette, l'habille, fais son ménage, son repassage... Si je compte les heures de présence effective et de présence responsable, ça me fait du 6€ de l'heure.

Dans mon association les nouvelles font deux jours de tournée avec une ancienne puis sont larguées sans fiche de poste. Elles ont juste une adresse et doivent se débrouiller avec. Elles sont jeunes, souvent débutantes, et sont stressées.

C'est en passant au bureau à midi que j'ai vu que mon planning avait changé. J'aurais dû me trouver chez une nouvelle bénéficiaire pour une aide au repas à 11h30, mais je n'étais pas prévenue. J'y suis allée en vitesse, je n'ai pas eu de pause-repas.

Une bénéficiaire refuse que j'ouvre les fenêtres car elle a peur que ses chats se sauvent. Le sol est couvert d'urine et d'excréments de chats et de chiens. J'ai prévenu ma responsable mais celle-ci me dit que c'est à moi d'être plus convaincante. 

Des témoignages de ce genre, il y en a des dizaines, que dis-je, des centaines. Ces femmes sont "le pilier du maintien à domicile", tant vantées par nos chers élus. Elles sont celles qui viennent aider votre grand-père, veuf depuis peu, à préparer ses repas. Celles qui viennent aider votre mère à s'habiller tous les matins. Celles qui font les courses de votre voisine. Celles qui écoutent patiemment votre tante raconter pour la cent-douzième fois comment elle a perdu son chat. Celles qui emmènent votre grand-oncle voir la mer parce que tout seul, sans voiture, il ne peut plus. Celles à qui on a promis un travail et une valorisation de celui-ci et qui se retrouvent à nettoyer la merde du chat chez une alcoolique acariâtre. Celles qui élèvent seules leurs gosses et qui n'ont pas le droit de se plaindre quand Pervers Pépère leur tripote les fesses en passant. Celles à qui l'on conseille une formation professionnelle diplômante mais à qui le financement est refusé. Celles qui ne prennent pas de congés parce qu'elles jonglent entre trop d'employeurs. Celles qui mangent froid tous les jours parce qu'elles n'ont même pas une salle de repos à leur disposition. Celles qui doivent parfois se cacher pour aller aux toilettes chez les bénéficiaires parce que certains leur refusent ce droit. Celles qui se reposent dans leur voiture parce qu'elles habitent trop loin pour rentrer. Celles qui refusent un arrêt-maladie parce qu'elles n'ont pas les moyens de ne pas travailler. Celles qui donnent leur salaire à la nounou pour qu'elle s'occupe de leur famille pendant qu'elles s'occupent de celle des autres. Celles qui rentrent épuisées chez elles après une journée passée dehors pour laquelle elles ne seront payées que quatre heures. Celles qui, malgré tout, aiment leur métier car il est riche de belles rencontres.

On parle beaucoup de maltraitance envers les personnes âgées, on parle moins de maltraitance envers les aides à domicile. Et pourtant, elle existe. Conditions de travail indignes, salaires de misère, horaires à rallonge... Mépris, humiliations, indifférence.

"Le travail c'est la santé"

Ah bon?

samedi 20 septembre 2014

Quand je serai vieille...


Quand je serai vieille, je ne veux pas qu'on m 'appelle « ma ptite dame » ou « ma jolie ». Je veux être respectée et conserver mon identité jusqu'à la fin. Je ne veux pas qu'on me retourne dans tous les sens sans même me prévenir pendant les soins. Je veux qu'on me touche avec douceur et qu'on m'explique ce qu'on me fait. Je ne veux pas qu'on me juge et qu'on dise de moi que je suis difficile ou compliquée. Je veux qu'on me traite avec bienveillance et qu'on accepte que je ne sois pas toujours de bonne composition.

Quand je serai vieille, je ne veux pas dormir dans des draps d'hôpital, je veux mon linge de lit. Je ne veux pas être lavée au gant jetable, je veux mes affaires de toilette. Je ne veux pas qu'on me serve mes repas dans des barquettes en plastique, je veux une jolie vaisselle comme à la maison.


Quand je serai vieille, je ne veux pas d'une couche, je veux une protection. Je ne veux pas d'un bavoir, je veux une grande serviette. Je ne veux pas d'un verre canard, je veux un verre ergonomique.


Quand je serai vieille, je ne veux pas qu'on parle devant moi comme si je n'étais pas là. Je veux pouvoir discuter avec ceux qui s'occuperont de moi. Je ne veux pas qu'on s'empare de mon fauteuil sans me prévenir pour m'embarquer à toute vitesse à l'autre bout du couloir. Je veux qu'on m'annonce qu'on va changer de pièce et qu'on chemine à un rythme qui ne me donne pas le vertige. Je ne veux pas qu'on me dise de faire dans ma protection sous prétexte que je suis trop longue à installer aux toilettes. Je veux que mes besoins élémentaires soient respectés et ma dignité conservée.


Quand je serai vieille, je marcherai moins bien, j'entendrai moins bien, je comprendrai moins bien. Mais je serai toujours capable d'aimer telle ou telle personne, d'avoir envie de tel ou tel menu, d'avoir peur de tel ou tel événement.

Quand je serai vieille, je veux juste qu'on ne m'enlève pas le droit d'être moi.

samedi 13 septembre 2014

Bravoooooo! (suite)

Bon... Il faut que je revienne sur le billet Bravoooooo!

Je comptais faire une réponse reprenant quelques commentaires tirés de facebook mais j'avoue que je n'ai pas le courage de les recopier ici (c'est surtout que je manque de temps en fait, ça me prendrait des heures!)
J'avoue avoir été surprise par la violence de certaines réactions. Juste pour le plaisir, en voici quand même quelques unes :
"Ahah ça se voit qu'elle n'est qu étudiante parce qu'elle n'a rien compris. Elle parle de sujets qu'elle ne connaît pas et elle généralise."
"texte aussi idiot inutile et dénué de connaissances."
"vous compter dire au soignants ce qu'ils faut dire aux soignés sans leur laisser parler avec leur spontanéité et leur coeur ?"
"Que de caricature dans ce texte... Hâte de vous voir en poste"
"Sans intérêt..... Encore un étudiant qui se sent mieux pensant que les soignants... "
"Pffff et elle se croit drôle avec son mot de pseudo esprit.... "
"on verra bien quand elle sera diplômée depuis plusieurs année comment elle se comportera spontanément!"
"Et je pense que cette personne à écrit ce texte plus pour faire plaisir ou bien paraitre au yeux de sa formatrice . ( donner des petits surnoms ou être amical et familier relève d'une sorte de maltraitance ) . Que pour elle même ."
Car avec l'expérience elle changera surement d'avis" (celui-là je l'adore!)

"Oui on les infantilise et alors ??" (celui-là aussi)

J'arrête ici, j'ai le tournis. Vous pouvez lire la suite ici et . Et en passant, je rebondis sur ce commentaire : 
"J'espère au moins que tous ces commentaires, lui permettront de se questionner, de questionner les soignants, pour ensuite un second texte avec un peu plus de professionnalisme. "
Donc, allons-y pour un texte un peu plus "professionnel".

1) Oui, je me questionne. Et même, je ne fais que ça. Tout le temps. Au boulot. En voiture. À la maison. En faisant mes courses. En mangeant ma purée... 
Beaucoup de mes phrases commencent "Au fait je pensais à un truc tout à l'heure..."  
C'est fatigant. Pour moi comme pour les autres (j'avoue). Je ne souhaite à personne d'être dans ma tête, parce que toutes ces questions tournent et retournent sans cesse. Et pour toutes ces questions, il me faut des réponses. Alors je lis, j'interroge, je réfléchis. Et ça aussi c'est fatigant. D'ailleurs, parfois, j'aimerais bien me poser un peu moins de questions. Ça me rendrait la vie plus facile. Et le boulot aussi. Surtout le boulot d'ailleurs. Parce que bon, faut quand même que je précise une "petite" chose, et j'en arrive au...

2) Non je ne suis pas une jeune étudiante écervelée qui arrive en fanfare pour sortir son discours prêchi-prêcha aux soignants aguerris. Je suis aide-soignante, diplômée (bon, le site infirmiers.com est resté sur l'ancienne présentation, pas grave, les réactions concernant ces branleurs d'étudiants étaient très intéressantes), et je travaille en EHPAD.
Avant ça, j'étais auxiliaire de vie, non diplômée, et je travaillais à domicile avec des personnes âgées.
Encore avant j'étais monitrice-éducatrice, diplômée, et je travaillais en institution avec des personnes handicapées.
Encore encore avant j'étais "rien du tout", non diplômée, et je travaillais en crèche avec des enfants.
Accessoirement, j'ai deux enfants, mais ça on s'en fout (un peu). J'en arrive donc au...

3) Avec tout ça, ça commence à faire un certain nombre d'années que je travaille avec des publics dits "fragiles", et ça fait tout autant d'années que j'exècre le parler-bébé et la gagatisation. Et quand bien même je serais une jeune étudiante fraîchement arrivée dans son IFAS, qu'est-ce que ça changerait? Il n'y a que les professionnels diplômés ayant dix ans d'expérience qui ont le droit de parler? Les autres doivent attendre leur tour? Belle mentalité. Je comprends mieux la souffrance des stagiaires... À en croire certains, il y aurait donc d'un côtés les jeunes cons prétentieux, et de l'autre les vieux sages aguerris? Et c'est moi qu'on taxe de manichéisme?

4) Ce billet, je l'ai écrit un peu à la va-vite, je l'avoue. Alors oui, il est sans doute caricatural (j'assume), peut-être prêchi-prêcha (j'assume aussi), mais "idiot", "inutile", "dénué de sens et de connaissances"... ça, Votre Honneur, je proteste! Parce que bon, je suis peut-être une jeune conne arrogante dénuée de bon sens, mais le sujet traité ici n'est pas pour autant si dénué d'intérêt que ça, n'en déplaise à tous les parfaits professionnels qui l'ont commenté. D'ailleurs, l'infantilisation des personnes âgées a déjà été traitée de nombreuses fois, c'est donc qu'il y a matière à y réfléchir non? En cherchant un peu, il y a plein d'articles disponibles un peu partout. Rassurez-vous, ils n'ont pas été écrits par des étudiants arrogants mais par des psychologues, des médecins, des aidants... Bref, des gens qui ne sont pas forcément des élèves arrogants et imbus d'eux-mêmes.
Comme je suis sympa, je vous mets quelques liens : 

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=JDP_256_0034

http://www.soignantenehpad.fr/pages/maltraitance/le-parler-pepe-et-meme-en-e-h-p-a-d.html

http://www.soignantenehpad.fr/pages/maltraitance/ou-commence-la-maltraitance.html

http://www.evolute.fr/relation-aide/infantilisation-personnes-agees 

5) Il y a un truc que j'aime bien, c'est la communication. Apprendre à donner un point de vue et à recevoir celui de l'autre. Apprendre à se parler sans s'agresser. Apprendre à écouter des arguments. Apprendre à s'informer aussi. S'il y a bien un métier où je trouve la communication essentielle, c'est celui de soignant. Parce qu'on travaille avec et pour d'autres. Parce qu'on s'enrichit de nos expériences. Parce qu'on essaie de progresser. Parce qu'on peut se tromper. Je suis sans doute une incorrigible naïve, mais je crois dur comme fer aux bienfaits du dialogue et de l'échange d'idées, dans le calme et le respect de chacun. Il ne me viendrait pas à l'esprit d'aller pourrir un(e) collègue parce que je ne suis pas d'accord avec ses idées. Mais bon... Je suis une incorrigible naïve.

6) J'écris sur ce blog depuis un petit moment. J'y raconte une expérience, la mienne, j'y parle de valeurs, les miennes. Je ne force personne à venir lire, je n'oblige personne à être d'accord avec ce que j'écris. C'est un espace de liberté, mon espace. Et quand je vois des collègues utiliser le parler pépé-mémé avec des résidents, je ne les prends pas dans un coin pour leur dire ma façon de penser. C'est leur façon de faire, leur façon d'être, ça ne me regarde pas. Par contre, si on aborde le sujet et qu'ils/elles me parlent d'une étude expliquant que c'est bénéfique, je pense que j'aurai la décence d'aller lire l'étude en question afin de confronter nos points de vue.

7) Je fais des erreurs, comme tout le monde. J'essaie, je me trompe, j'essaie autre chose. Parfois je me trompe encore. Je tâtonne, je cherche, j'apprends. Et j'espère apprendre pendant longtemps encore. J'espère n'avoir jamais de certitudes, laisser mon esprit ouvert à d'autres apprentissages, d'autres façons de faire. J'essaie de faire comme Socrate : en admettant que je ne sais pas, j'accepte d'apprendre. Alors que si je suis sûre de savoir, je dois d'abord désapprendre pour pouvoir apprendre à nouveau. Et si un jour je suis pétrie de certitudes, si j'estime que je n'ai de leçon à recevoir de personne, je ne manquerai pas d'aller le clamer sur les réseaux sociaux en incendiant les élèves et les débutants, ces morveux qui croient tout savoir mieux que tout le monde!
 
PS : je ne parle même pas des pseudo-références scientifiques qui justifieraient l'infantilisation, étant donné qu'aucune source n'était citée.

lundi 8 septembre 2014

Trois euros

Je suis aide-soignante en EHPAD. Je travaille avec des personnes âgées, très âgées. Je les aide à se lever, à marcher, à prendre leurs médicaments, à se laver, à s'habiller, à manger...
Tout en les aidant, je m'assure qu'elles ne risquent pas de tomber, de s'asphyxier, de faire une fausse route...
Tout en les aidant et en m'assurant qu'elles ne courent aucun danger, je les écoute, je leur parle avec douceur, je souris...
Tout en les aidant, en m'assurant qu'elles ne courent aucun danger et en veillant à leur bien-être moral, je pense à descendre les poubelles, à recharger les chariots de protections, à faire les transmissions...
Pour faire tout ça, j'ai un "plan de soins". Je sais où je dois être, à quelle heure et avec qui. Il faut que les soins rentrent dans des cases et qu'à la fin de mon service, toutes les cases soient cochées.
Toilettes ok.
Médicaments ok.
Chariots ok.
Lits ok.
Poubelles ok.
Repas ok.
Transmissions ok.
Service fini.
Parfois, des cases se rajoutent. Alors on tasse. On accélère, on fait un peu moins bien, on fera mieux demain. Ou pas.
Parfois, des cases disparaissent. Mais c'est plus rare, et ce n'est pas forcément bon signe.

Le matin, ce sont les toilettes. À sept heures, les aides-soignantes sont au taquet, top départ, c'est parti! La moyenne c'est vingt minutes par résident, parfois moins, rarement plus. Pendant ces vingt minutes, l'aide-soignante se consacre entièrement à une personne.
Pendant ces vingt minutes, elle doit lever, aider, laver, guider, écouter, brosser, habiller, chausser, coiffer, parfumer... cette personne.
Pendant ces vingt minutes, elle doit être souriante, patiente et rassurante.

Vingt minutes, au prorata du salaire de l'aide-soignante, ça représente à peu près trois euros.

Trois euros pour le sourire.
Trois euros pour la douceur.
Trois euros pour le soin.

Et vous, vous avez quoi pour trois euros?

dimanche 31 août 2014

Bravoooooo!

Imaginez : vous êtes un jeune parent, complètement fou d'amour et gagatisant pour votre enfant. Cet enfant, forcément, c'est le plus beau, le plus intelligent, le plus mignon, le plus gentil, bref, le plus tout! Aujourd'hui est un jour miraculeux qui vous emplit de joie car l'enfant, le chérubin, l'élu, a mangé TOUTE sa purée tout seul, comme un grand! Et vous, vous l'heureux parent qui avez engendré cette merveille de la nature, vous vous extasiez - à juste titre - devant cet exploit.
- Bravoooooo, dites-vous en tapant dans vos mains avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Votre enfant, voyant votre enthousiasme débordant pour un truc somme toute assez banal (il a mangé sa purée), vous sourit en retour. Il sourit, vous souriez, la vie est merveilleuse.

Même enfant, même parent. Cette fois-ci l'enfant, le chérubin, l'élu, a fait caca dans son pot. Psychologiquement, c'est un grand jour : en pleine période du non, l'enfant cède, il "donne" son caca à ses parents et, en comprenant toute la symbolique de cet acte crucial, vous sautez de joie.
- Bravoooooo, dites-vous en agrémentant votre dernier statut Facebook d'une magnifique photo de l'étron divin.
Votre enfant, dépassé par ce qui vient de se jouer dans son pot, vous sourit en retour. Il sourit, vous souriez, la vie est fabuleuse.

Maintenant, imaginez ces deux scènes, à quelques détails près, avec non plus un enfant et un parent mais une personne âgée et un soignant. Relisez la scène à haute voix, en y mettant le ton. Même sur le "Bravoooooo". Surtout sur le "Bravoooooo". Vous sentez le malaise? Vous voyez toute l'infantilisation de la personne âgée qui a fini sa purée ce midi? Vous supportez le compliment odieux sur le caca lâché dans le montauban?

Monsieur M. a été torturé par la Gestapo, les soldats lui ont brisé les phalanges une par une.
Madame C. ne sait plus quand elle est née, ni où. Elle ne sait presque plus rien en fait. Et ça lui fait peur. Terriblement peur.
Monsieur V. a survécu à deux cancers.
Madame H. a perdu son fils et ses deux petits-enfants dans un accident de voiture. Elle ne s'en est jamais remise.

Ces gens, ils ont une histoire, des histoires. Ils ont aimé, souffert, donné la vie, vécu la maladie, et tant d'autres choses. Des choses merveilleuses et d'autres dramatiques. Des choses qu'on n'ose parfois même pas imaginer. Et aujourd'hui, au crépuscule de leur vie, il y a des soignants qui les félicitent niaisement parce qu'ils ont mangé toute leur purée. Ou parce qu'ils ont fait caca. Vous le sentez le paradoxe?

vendredi 9 mai 2014

Burn out

Témoignage de Carole, auxiliaire de vie (avec son aimable autorisation)

Bonjour à toutes et à tous, je voudrais vous faire part de ma situation car je pense que ça peut aussi vous arriver et je ne la souhaite à personne...
Je vais essayer de faire court mais n'hésitez pas à me poser des questions si besoin...
Voilà, je suis auxiliaire de vie depuis 13 ans, j'ai commencé à la fin de ma scolarisation. C'est un beau métier, je me suis donnée à fond de chez à fond pendant toutes ces années, entre-temps j'ai eu deux enfants, donc beaucoup de boulot. Je prenais sur moi sur mes longues journées car il faut énormément de patience avec les personnes et sans me vanter j'assurais grave, que ce soit auprès du bureau pour être autant présente que possible qu'auprès des personnes aidées. Quand je rentrais chez moi j'étais lessivée et il fallait assumer la fin de journée auprès de ma famille mais j'étais tendue.
Jusqu'au 1er décembre où j ai commencé à faire des crises de tétanie... mon corps m'a dit stop... Je suis en plein BURN OUT...
Étant en arrêt j'ai donc pris du recul et je fais souvent des cauchemars sur mes bénéficiaires (je les agresse, les mords à la gorge (mdr) etc...). Je ressens tout le stress que j'avais quand j'étais auprès d'eux multiplié par deux... Quand je croise n'importe quelle personne dans la rue je  me crispe. Je ne me sens plus capable d'assurer mon poste. Je pense m'être trop investie dans mon boulot sans prendre assez de recul et arrive à saturation. Je suis encore sous anxiolytiques et antidépresseurs.
Il faut apprendre à se préserver et ne pas dire OUI à tout . SVP faites attention à vous. Je pense que le métier est a revoir, quand il y a des renouvellements d'heures, les assistantes sociales feraient mieux de demander votre avis avant d'aller chez les personnes, c'est facile, elles disent qu'elles ne peuvent plus rien faire, en rajoutent et vous, vous trinquez derrière à vous taper du ménage à gogo!!! Vous n'êtes pas des BONNICHES vous êtes la pour faire du maintien à domicile... Il faut faire bouger tout ça !!!! Désolée pour la longueur du texte!!!!

samedi 3 mai 2014

Incompétente! (2)

J'ai été envoyée chez des personnes malades, alcooliques, démentes.
J'ai été envoyée chez des personnes diabétiques, cardiaques, cancéreuses.
J'ai été envoyée chez des personnes amputées, handicapées, endeuillées.
J'ai été envoyée chez toutes sortes de personnes, avec toutes sortes d'histoires, sans presque rien savoir d'elles.
Que savais-je des pathologies de la vieillesse, de l'alcoolisme, de la démence?
Que connaissais-je du diabète, des cardiopathies, des cancers?
Qu'avais-je appris sur les personnes amputées, le handicap, le deuil?
Rien. Je ne savais rien, ou presque. Je ne connaissais que ce que j'avais vécu, de près ou de loin, à travers l'histoire de mes parents, ou la mienne, ou ma maigre expérience professionnelle.
Je suis allée chez toutes ces personnes, j'ai travaillé chez elles. J'ai fait à manger à des diabétiques, je suis allée marcher avec des cardiaques, j'ai parlé avec des déments.
Madame Grandchef leur a dit que toutes les auxiliaires étaient diplômées et expérimentées... sans leur préciser de quel diplôme et quelle expérience elle parlait. Toutes ces personnes m'ont plus ou moins fait confiance, elles m'ont confié leurs menus, leur intérieur, leur personne. J'ai fait des repas, des courses, des promenades, du ménage, des toilettes, chez des personnes dont l'histoire de vie se résumait parfois à deux lignes sur une fiche de liaison. Secret médical oblige, je ne savais (presque) rien d'elles. Le strict nécessaire : nom, prénom, adresse, mission. À la limite, la pathologie principale (Alzheimer, diabète...) et le nom du médecin traitant, et encore, pas toujours. Je glanais quelques infos à droite à gauche, auprès des collègues, de la famille, des infirmières libérales, mais ça restait de l'anecdotique, de l'ordre de la débrouille. Et puis, faut avouer que le projet de vie, la globalité de la personne aidée, tout ça, c'est pas franchement ouvert aux auxis hein! Une nana qui prépare la soupe et refait le lit a-t-elle vraiment besoin de savoir autant de choses?
Eh bien figurez-vous que oui! J'aurais aimé savoir ce qu'il fallait faire à manger pour Fernand, diabétique insulinodépendant. J'aurais aimé savoir communiquer avec Marie-Hélène, qui souffrait de la maladie d'Alzheimer depuis une dizaine d'années. J'aurais aimé aider Raymond, amputé d'une jambe, à se remonter dans son lit. J'aurais aimé connaître la bonne attitude à avoir avec Jean, endeuillé depuis peu, quand il me parlait de son épouse. J'aurais aimé pouvoir déceler les signes de souffrance chez Suzanne, qui souffrait d'une insuffisance cardiaque. Mais je ne savais pas, et j'ai sans doute fait et dit un paquet de conneries!
Vieillir chez soi, c'est bien. Vieillir chez soi avec un médecin traitant qui vous connaît bien et des infirmières qui prennent soin de vous, c'est encore mieux. Vieillir chez soi avec une auxiliaire de vie qui ne va pas vous envoyer au cimetière plus tôt que prévu parce qu'elle n'est ni formée ni informée... c'est la moindre des choses non?

mardi 29 avril 2014

Deuil (2)

Un an.
L'an dernier, à la même date, nous étions en Alsace. Une jolie virée en famille, avec de belles rencontres. Une petite pause, entre nous, loin de tout, pour se remettre d'une année difficile. Une petite pause qui a tourné court, un lundi matin, après un coup de téléphone affolé de belle-maman. Un retour en catastrophe, en pleurs et en silence. Le retour à la vie normale, la vie pourrie, celle qui nous rend orphelins. Retour au deuil et à la tristesse. Qu'est-ce qu'on croyait? Qu'on pourrait y échapper en partant loin?
Un an plus tard. Il s'est passé tellement de choses depuis. Il y a eu d'autres deuils. Saleté de vieillesse, saleté de cancer! Il y a eu des épreuves. Des brouilles familiales et des silences aussi assourdissants que des cris. Il y a eu de la solitude, des doutes et des pleurs.
Mais il y a eu de la joie aussi, des amis, des bonnes nouvelles. De nouvelles rencontres, de nouveaux projets.
Il y a la vie qui continue. Il y a ceux que l'on laisse derrière nous et que l'on n'oublie pas. Il y a leurs sourires et nos souvenirs. Il y a ce bonheur qu'on espère, un jour, pour nous, pour nos enfants. Il y a ces quelques mots, ici et .
Mes parents me manquent. Mon beau-père me manque. Ils me manquent tous les jours.
Un an, deux ans, quinze ans... qu'importe... C'est comme s'ils étaient morts hier. Je regarde les enfants qu'ils ne verront pas grandir, je pense aux projets qu'ils n'auront jamais connus... On avance, sans eux, mais avec ce qu'ils nous ont transmis, leurs valeurs, leur bienveillance... leur amour, tout simplement. On avance en pensant à eux, un peu comme s'ils étaient encore à nos côtés, une présence discrète et silencieuse. Avec leurs sourires et nos souvenirs, leur passé et notre avenir.

vendredi 11 avril 2014

Des gens

Il y a quelques semaines j'écrivais ça, et ça.
C'était dur. Je craquais complètement et j'étais à deux doigts de tout envoyer valser. L'école, les cours, les stages, les gosses, les factures, la famille... Un ras-le-bol de tout et de tout le monde. Un gros coup de mou et un moral au fond des sabots.
Et puis, en réponse, il y a eu ce blog. Stupeur et émerveillement.

Y a des gens, quand même, ils sont vraiment super chouettes.
Des gens que je connais un peu, ou à peine, voire pas du tout, et qui m'aident, comme ça, spontanément.
Des gens qui m'écrivent des choses d'une gentillesse inouïe, qui m'encouragent , qui me tendent la main.
Des gens qui me poussent à continuer.
Des gens qui me font réfléchir.
Des gens qui font preuve de bienveillance envers une stagiaire aide-soignante.
Des gens qui font confiance à une inconnue qui blogue.
Des gens que je rencontre parfois, quand ils passent en Bretagne.
Des gens que je découvre, au hasard d'un mail, d'un tweet, d'un blog.

Qui a dit qu'internet allait tuer la communication?

Le moral, ça va mieux. Le dernier stage, en EHPAD, a été un pur bonheur. Je sais qu'il existe des aides-soignants et des résidents heureux. L'Humanitude existe, elle habite à côté de chez moi. Moral regonflé à bloc. Et cerveau en ébullition. Car plus j'avance, plus je regarde en avant... et en arrière. Je me souviens de mes années, pas si lointaines, d'auxiliaire de vie à Morteville. Je pense à Madame Grandchef et à mes collègues. Je revois la maison de Madame LDV et le sourire de Madame M.
Le travail. La grossesse. La fin du travail. Mon père. Georges. La mort de mon père. Mon beau-père. La formation.
Que de chemin parcouru! Des histoires, des émotions, des rencontres. Des gens.

Je continue. J'avance droit vers mon diplôme, droit vers ce que je veux faire. Aide-soignante. Aide-soignante bientraitante et militante. Aide-soignante reconnaissante aussi. Parce que sans vous je n'y arriverais peut-être pas. Parce que j'aurais peut-être tout arrêté après le fucking stage. Ou avant. Parce que vos petits gestes et vos petits mots nourrissent les coeurs et les ventres (oui, je peux être poétique ET prosaïque dans la même phrase).

Parce que merci, tout simplement.

jeudi 27 mars 2014

Grammar Nazi

Quand j'étais plus jeune (il y a longtemps), je voulais être professeur de lettres. J'aimais lire, j'aimais écrire, j'aimais la langue française, sa richesse, sa complexité. J'étais amoureuse des mots, des assonances, des alexandrins, des oxymores, de toutes ces figures de style qui font la mélodie d'une langue. J'ai passé un bac littéraire (logique) et me suis engagée avec joie dans des études de lettres. J'ai raté mes études. Ou plutôt, je n'ai pas pris la peine de les réussir. Disons qu'à l'époque, ma vie était un peu compliquée, et je n'ai pas su me consacrer à ce qui était vraiment important. J'ai fait autre chose. Mais je n'ai pas oublié les mots, et je les aime toujours autant.

J'ai fait une croix sur les études de lettres mais pas sur les lettres. Je lis, j'écris, tout le temps, tous les jours. Je lis des choses légères ou sérieuses, des livres, des blogs, des cours, des journaux, des forums... J'écris des billets de blog, des petits mots sur des post-it, des transmissions ciblées, des devoirs à rendre à l'IFAS. J'aime ça. J'aime le pouvoir des mots, j'aime le vocabulaire nouveau, il m'arrive d'éclater de rire devant la sonorité d'un terme un peu farfelu ou d'être inexplicablement émue devant un petit mot tout simple. Et surtout, j'aime les mots parce qu'ils enrichissent ma pensée. Il faut avoir vu "Alphaville" de Godard, il faut avoir lu "1984" d'Orwell, il faut être conscient de la chance que nous avons d'avoir une langue riche de nuances pour traduire nos émotions.

Quand on s'est rendu compte qu'Amélie ne parlait pas, ça a été un drame. Langue orale, langue des signes, PECS, Makaton... Autant de méthodes, autant d'échecs! Le langage, c'est la pensée, et je m'inquiétais de savoir comment cette enfant pouvait penser en l'absence de mots. Comment ressentir, s'exprimer, communiquer, si les mots sont absents? Amélie a fini par parler, et avec les mots est venue l'expression des émotions. Les émotions se sont transformées en sentiments, la parole a permis la communication, l'échange, et Amélie est entrée dans la vie "normale".

Je sais que j'ai de la chance. Mes parents aimaient lire et j'ai grandi entourée de livres. Plus tard, j'ai rencontré des gens passionnants, un professeur de lettres, un philosophe, des blogueurs. Aujourd'hui encore, cet amour des mots me permet de raconter ce que je vis, d'apprendre, de comprendre. Je sais que tous n'ont pas cette chance. On ne choisit pas d'aimer quelque chose. On n'est pas tous égaux devant l'orthographe. On n'a pas tous les mêmes outils pour progresser. Je sais aussi qu'il y a des freins à l'apprentissage de la langue. Dyslexie, dysorthographie, dysphasie... Sans compter le milieu socioculturel, la famille, l'histoire de vie. Je sais aussi que je suis particulièrement pénible sur ce sujet, et que je manque cruellement de bienveillance. Parce qu'autant je peux comprendre qu'on ne maîtrise pas une langue par manque de moyens (pour toutes les raisons citées ci-dessus), autant il me semble incompréhensible de pondre un texte bourré de fautes parce qu'on ne s'est pas relu, parce que de toute façon "on s'en fout c'est sur internet", parce qu'on ne corrige pas les fautes soulignées en rouge par le correcteur orthographique, parce qu'on ne veut pas prendre cinq minutes pour vérifier l'orthographe ou l'accord d'un mot.

Je lis des choses ici et là qui me font bondir. Des phrases qui n'ont aucun sens, des mots qui n'existent pas, des accords impossibles. À force de fautes et de non-sens, le propos devient incompréhensible. Comment répondre à une question quand on ne la comprend pas? Comment recevoir une information quand elle ne veut rien dire? Comment prendre au sérieux quelqu'un qui revendique la reconnaissance d'un certain statut professionnel quand même le nom de son métier est écorché?

Alors non, ce n'est pas gentil de ma part de me moquer. Non, ça ne fait avancer personne, ni moi ni les autres. Oui, je manque réellement d'empathie sur ce sujet. Mais l'histoire que j'ai avec les mots m'a façonnée ainsi, elle a fait de moi une chipoteuse du verbe, une intolérante de la syntaxe, une véritable "Grammar Nazi". Pardon. J'ai honte. En même temps, on ne peut pas être bienveillante avec tout le monde... Si?

mercredi 5 février 2014

Mémoire (3)

Elle est veuve depuis peu. Quand son mari est mort, ce n'est pas que lui qu'elle a perdu, c'est toute sa vie avec lui. Leurs projets de vacances, les visites à la famille, les sorties du dimanche, leur routine quotidienne... leur vie de couple. Il est mort et elle est seule. Oh bien sûr il y a les enfants, ils appellent, ils passent régulièrement, les petits-enfants viennent toutes les semaines, mais le soir elle est quand même seule devant sa télé, son plateau repas posé sur la table basse, le chien dormant à ses côtés. Elle se couche seule, elle se lève seule, elle mange seule, elle sort seule. Son mari parti, c'est aussi une retraite en moins. La maison est payée, certes, mais les charges sont encore importantes. L'eau, l'électricité, les impôts, les courses, l'essence, les crédits qu'il faut finir de rembourser... Tout est si cher. Alors elle se demande si elle pourra garder sa maison, s'il ne vaudrait pas mieux vendre, pour trouver quelque chose de plus petit, de moins isolé aussi. Parce que toute seule, dans cette grande maison loin de tout... Alors elle pleure, parce que son mari lui manque, parce qu'elle ne veut pas déranger ses enfants, parce qu'elle ne sait pas comment faire avec cette maison, parce qu'elle ne sait pas comment vivre seule, tout simplement.

Elle n'a jamais été mariée. Elle a une soeur qu'elle ne voit plus depuis des années et un neveu qui passe de temps en temps. Elle ne sort jamais de chez elle, elle ne voit plus grand-chose et elle a peur de tomber. Elle vit chichement, elle a une toute petite retraite et elle n'a rien à elle. Pas de maison, pas d'économies. Au soir de sa vie, elle n'a pas grand-chose à en dire. Elle n'a jamais voyagé, n'a même jamais quitté son village, à peine est-elle sortie fleurir la tombe de ses parents au cimetière. Elle pleure, parce qu'elle se sent inutile et seule, sans personne à qui se raconter.

Elle a la maladie d'Alzheimer. Ses souvenirs ont été grignotés les uns après les autres. Sa jeunesse, son mariage, ses enfants, son travail, sa vie... Tout s'est perdu dans les méandres de sa mémoire. Elle vit au jour le jour, ne se souciant ni d'hier ni de demain.

Ils ont une très belle maison, meublée avec goût. De leurs nombreux voyages, ils ont ramené de beaux tapis, des cuivres, des tableaux et toutes sortes de beaux objets. Belle vie, belle maison, beaux souvenirs. Mais ils sont inquiets, car leurs enfants ne s'entendent pas entre eux et ils sentent venir les problèmes quand il s'agira de succession. Que deviendront la maison, les meubles, les masques africains et les cuivres marocains? Que deviendront leurs souvenirs?

Mes parents n'avaient pas grand-chose à nous léguer. La succession a été facile à régler. Mais je suis riche de leurs souvenirs, de ce qu'ils ont été, de ce qu'ils m'ont transmis.

Et moi? Que laisserai-je derrière moi? Qui se souviendra de Babeth, et comment? Une maison, de l'argent, des beaux objets, on en trouve toujours. Je veux laisser plus que ça. Je veux transmettre de beaux souvenirs, des sourires et de la joie. Je veux partir en me disant que j'aurai été utile à quelqu'un. Je veux que ma famille se sente riche de mon amour, et que mes patients se sentent riches de la soignante que j'essaie d'être. Que ce que j'essaie d'être et de faire puisse rester après moi. Et, qui sait, pourquoi ne pas laisser un livre au lieu d'une maison?