lundi 29 juillet 2013

Deuil

Le 30 juillet 2012, c'était la journée internationale de l'amitié, c'était aussi la Sainte Juliette, et Yannick Agnel remportait la médaille d'or de natation aux Jeux Olympiques.
Et, surtout, le 30 juillet 2012, tu es mort.

Le 30 juillet 2013, ce sera la journée internationale de l'amitié, ce sera aussi la Sainte Juliette, et Yannick Agnel sera en finale des championnats du monde de natation.
Et, surtout, ça fera un an que tu es mort.

Inutile de te dire que je suis plutôt d'humeur maussade ce soir.

Un an. Un an sans toi. Un an de premières fois sans toi.

La première journée, sans toi. Sans l'hôpital, sans la chambre 423, sans l'équipe soignante et souriante qui prend soin de toi, et de nous.
Ton premier anniversaire de (re)mariage, sans toi, le lendemain de ton enterrement. On avait prévu une virée en train touristique. Je m'accrochais à ce stupide espoir qu'il te serait possible de tenir jusque là.
Le retour aux sources, sans toi. Toulouse, Vindrac, Castres. Ton enfance, tes racines, ta famille. Le cimetière, la tombe de tes parents, et ton urne posée à côté de celle de maman. Une belle journée malgré tout, parce que de belles retrouvailles, et la joie de faire découvrir certains coins aux enfants. Et puis, tu vas rire, sans faire exprès nous avons fait cette cérémonie le 9 août, jour de la Saint Amour. C'est pas beau ça comme cadeau d'adieu?
Le premier anniversaire d'Amélie, sans toi. Un gâteau, des bougies, des cadeaux, mais ta place est vide. Je pleure quand Amélie souffle ses bougies, et je m'en veux d'être triste justement ce jour-là, alors j'essaie de me faire discrète. Plus de trois mois que tu es parti, autour de moi la vie continue, forcément, implacablement, et je reste figée dans mon chagrin. Comment fait-on pour tourner la page quand on n'a plus de parents?
Ma première fête, sans toi. D'habitude tu m'appelles la veille, pour être sûr de ne pas oublier! Cette année, rien. De toute façon je n'ai pas le coeur à fêter quoi que ce soit.
Le premier Noël, sans toi. Ton absence est criante. L'an dernier, tu n'avais rien mangé, parce que tu avais "une espèce de boule" qui te gênait dans la gorge. L'espèce de boule, c'était une tumeur. Tu étais déjà malade, tu t'en doutais peut-être, mais nous, préoccupés que nous étions par la santé du bébé à venir, nous n'y avons pas vraiment prêté attention. Je t'ai engueulé gentiment, pour la forme, parce que vraiment ce n'était pas sérieux de laisser traîner ça, tu ne pouvais quand même pas rester comme ça sans manger! Nous avons passé une chouette soirée, tous ensemble, et nous avons tous été assez stupides pour ne prendre aucune photo. Ton dernier Noël, tes derniers jours avant de savoir, et aucune image de ce bonheur tout simple.
Mon premier anniversaire, sans toi. Boule dans la gorge. L'an dernier tu ne m'as pas appelée, et pour cause, puisque tu étais hospitalisé le jour-même. Forcément, cette année, le stress montait à l'approche de cette date, car elle signifiait pour moi le début du compte à rebours, tes trois derniers mois de vie. Trois mois pour mourir, c'est aussi le titre d'un roman que j'ai trouvé chez toi, étonnante coïncidence. Cette date me faisait peur, je la sentais s'approcher avec appréhension, mais beau-papa a eu la merveilleuse idée de trouver une astuce imparable pour que je puisse penser à autre chose : il est mort la veille.
Ton anniversaire, sans toi. Tu aurais eu 65 ans. Tu serais le jeune papi de six petits-enfants. Toi qui aimais les grandes tablées, tu en aurais été ravi. Ton dernier petit-fils est né il y a quelques mois à peine. Conçu en terre bretonne et né en terre occitane, une belle histoire de naissance.
Le premier anniversaire de Georges, sans toi. C'est pas pour me vanter mais je t'assure que ce petit bonhomme est absolument merveilleux. Un sourire craquant, une bouille adorable et un caractère bien trempé! Je lui parle de ses grands-pères, je lui montre des photos, je suis tellement triste qu'il grandisse sans entendre tes histoires de lutins et de "fantôme des crêpes". Alors je prends le relais, à mon tour de raconter des carabistouilles à mes enfants, à moi de les emmener au pays des histoires à dormir debout (celle du papa papou à poux, celle du chameau qui avait mangé une olive, et tant d'autres encore). Je conserve précieusement tes photos et tes dessins, plus tard je les montrerai aux enfants et je leur dirai à quel point tu étais fantasque.

Voilà. Fin de la première année sans toi. Demain ce sera le début de la deuxième année. Les deuxièmes fois sans toi. Les premières fois sans beau-papa. Le deuil du beau-père prend le relais du deuil du père. J'espère qu'on fera une pause l'an prochain pour les enterrements, parce  que ça commence à faire beaucoup.

La vie continue. Sans toi. Mais avec tes souvenirs. Avec ta photo sur la commode de l'entrée. Avec ton regard. Avec ton sourire. Avec mon amour.