samedi 26 octobre 2013

Petites maltraitances ordinaires. IV

Deux aides-soignantes autour du lit d'une dame très âgée. Les AS changent sa protection pour la nuit. Dialogue.
- Oh la la qu'est-ce qu'elle a comme pertes celle-là, regarde-moi ça c'est vraiment dégueulasse!
- Ah ouais putain et puis ça pue en plus!
- Eh ben, j'aimerais pas voir son vagin, ça doit pas être joli joli là-dedans!
Soupir. Je ne dis rien. Je regarde la dame, qui regarde ailleurs.

Deux aides-soignantes et une dame hémiplégique. Et que je te tourne, et que je te retourne et... hurlement de douleur de la résidente manipulée avec brusquerie. Réponse cinglante de l'AS :
- Vous n'avez qu'à la faire toute seule votre toilette!
Ben oui, facile.

Une aide-soignante, une stagiaire et une dame alitée. Toilette au lit, habillage et maquillage. L'aide-soignante s'applique à mettre du blush, du fard à paupières et du rouges à lèvres.
- Tu vois, cette dame est très coquette, alors je prends le temps de la maquiller, c'est important pour elle. Et puis c'est de la bientraitance, tu comprends?
Je comprends surtout que si on prend le temps de la maquiller, on peut aussi prendre le temps de lui brosser les dents non? Ah non, pardon, ça n'entre pas dans le cadre de la bientraitance ça!

Une aide-soignante et un homme en fin de vie. Une autre aide-soignante entre dans la chambre sans frapper, se dirige sans un mot vers la penderie, prend un pantalon, et, en ressortant :
- Je prends ça pour Simon, de toute façon Jean n'en a plus besoin, on le lève plus!
Ben ouais, vas-y, fais comme chez toi!

Trois aides-soignantes dans l'office, parlant de Monsieur et Madame Adorable :
- Il m'énerve, lui, il est là tout le temps, toujours à nous demander des trucs pour sa femme!
- Pfff, j'aurais pas aimé avoir un mari comme ça, quel pot de colle!
- Remarque, on sait pas ce qu'ils font dans la chambre tous les deux quand la porte est fermée. Si ça se trouve...
- Ah mais arrête, t'es dégueulasse! Avec elle faut pas être dégoûté quand même hein!
Gloussements et mines faussement dégoûtées, qu'est-ce qu'on rigole ici!

Une aide-soignante et une dame assez forte, qui a du mal à se lever.
- Allez Madame, on bouge son popotin!
Euh... Non, rien.



À suivre...

30 commentaires:

  1. Ça me désole. Et ça me heurte tellement dans mes fondamentaux que ça m'interpelle sur le sens de mon métier. Si je ne suis pas capable d'éviter ça dans mon établissement, il faut que je quitte ce métier, je ne peux pas "couvrir" de tels agissements, et en même temps, comment être sûre que ça ne se passe pas ainsi aussi chez moi quand j'ai le dos tourné ? Ça me secoue tout ça tu sais...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne sais que te dire. On n'est pas dans l'intimité des chambres, on ne peut jamais être sûr de ce qui se trame derrière une porte.

      Supprimer
  2. Le mot bientraitance est utilisé vraiment (genre c'est un mot qu'on apprend en cours ?)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est un vrai mot, et il est très à la mode depuis quelques années. Mais entre la pratique et la théorie...

      Supprimer
  3. Oh non, pour une fois j'ai pas très envie que ton article ait une suite... :-(

    RépondreSupprimer
  4. j'ai quitté ce métier pour ces raisons, justement. plus envie de lutter de l'intérieur. 6 ans de jour, 10 de nuits pour ne plus les entendre et travailler comme je le voulais. et puis un jour, ras-le-bol. plus envie d'être complice par mon silence mais pas la force de changer seule les choses.
    bon courage, Babeth, je vous sens forte. vous trouverez l'équipe qui vous conviendra et j'envie vos futurs patients..

    RépondreSupprimer
  5. salut bonjour ;)
    malheureusement, ces phrases je les ai toutes entendues au fil de ma carrière...ce que m'inquiète par contre, c'est que tu les aies entendues toutes au même endroit. cette équipe est clairement disfonctionnelle.on ne peut pas toujours faire grand chose. j'ai demissionné d'un tel endroit(sauf qu'il s'agissait d'autistes). avec 2 autres infirmieres, nous avons fait un courrier à la Ddaas et avons demissionné en même temps, pour maltraitance. cela n'a rien changé. alors ce n'est pas toi "petite stagiaire" qui aura grand pouvoir.
    mieux vaut agir au quotidien, a la mesure de ses moyens.

    RépondreSupprimer
  6. J'ai honte pour elles, mais je sais que ça existe hélas... Je me suis battue pendant 25 ans pour lutter conntre ces maltraitances qui n'existaient pas au début de ma carrière de directrice, Peut-être parce que les résidents entraient plus jeunes et en meilleure santé dans nos établissements ( ils recherchaient un confort que qu'ils n'avaiennt pas dans leurs appartements) et aussi parce que c'était vraiment un choix pouur les AS de travailler avec des personnes agées. Le problème c'est que dans mes Résidences, qui étaient muunicipales, les postes d'Aide-Soignante étaiennt souvent tenues pae des "faisant fonction" sans AUCUNE formation. J'ai eu le sentiment de me battre contre des moulins à vent....
    La question que tous les soignants devraient se poser pour connaitre les limites de la maltraitance "est-ce que j'agirais comme ça si c'était mes parents qui étaient face à moi???"

    Courage Babeth! j'ai aussi connu de supers soignants!

    Dany

    RépondreSupprimer
  7. j'espère franchement que ce n'est pas une généralité ... Quel horreur !! je suis d'acord avec Dany . comment peux t on oublier le respect de l'autre , ça fait pas partie de la formation?? ou critère de séléction à l'entrée?? bravo Babeth de ne pas rester indifferente; ton blog pourrait servir de sujet de thèse ou examen d'oral!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Malheureusement, c'est trop souvent une généralité dans les services... Je n'ai pourtant que 5 ans d'expérience dans le métier d'AS, dont ces 4 dernières année en gériatrie. Et vois-tu, parfois, si tu as le malheur de faire différemment, de prendre le temps, de laisser ta collègue sortir seule de la chambre et rester là, à discuter/rassurer ton patient quelques minutes, non pas pour te démarquer de ton équipe ou te faire bien voir par les supérieurs, mais simplement pour le patient, tu te sens regardée de travers... J'ai honte de ma profession parfois...

      Supprimer
    2. Auxiliaire de vie, j'ai connu de telles attitudes dans les Ets où je suis allée faire mes stages, mais malheureusement nous pouvons aussi rencontrer les m^m problèmes avec les aides à domicile travaillant au m^m domicile que nous. Alors là je ne peux accepter la maltraitance, ces personnes ne sont aucunement formées et nous rencontrons de gros problèmes en partageant ce métier avec elles.
      Heureusement toutes ne sont pas comme ça, mais les mentalités sont très dures à faire changer, le respect des personnes dépendantes est souvent malmené, car le personnel qui y travaille, n'est pas compétent, pas formé pour intervenir dans ce domaine, les aider à se former un peu, serait l'idéal, un minimum.....
      Les Associations qui travaillent pour le Conseil Général auprès de la dépendance, n'y regardent pas de trop près.
      Il y a encore bcp à faire dans ce domaine.

      Supprimer
    3. Euh... avant de commencer la formation AS j'étais aide à domicile faisant fonction d'auxiliaire de vie, donc non formée. Le diplôme ne fait pas tout ;-)

      Supprimer
  8. au fait, où en est ton "projet" dont on avait parlé par mail ???

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Au point mort, je manque cruellement de temps :-( Et toi?

      Supprimer
  9. Ma grand-mère, à l'hôpital, en cardio, sortant de deux semaines en réa et très handicapée par une maladie de Parkinson, très affectée par sa situation de dépendance. Parler représentait un gros effort pour elle mais elle m'a raconté parce que ça la faisait souffrir. Quand on la soulevait "allez faut nous aider madame X. pensez à notre dos, un peu !" et le fameux "non non, vous pouvez faire votre toilette seule (c'est la seule aide extérieure qu'elle acceptait chez elle et on avait bataillé pour), quand on peut manger, on peut se laver !"
    ça m'a révoltée, vraiment, ça parait anodin mais c'était violent pour elle... je me suis dit que je ferais remonter quand elle serait sortie. Et puis elle est morte, juste avant la sortie programmée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est terrible ce que tu racontes, tu n'en as jamais parlé au cadre, ou aux soignants concernés?

      Supprimer
  10. Ma grand mère est morte moins de 24 h après son admission en maison de retraite. Elle ne voulait pas y aller, je pense qu'elle est morte juste pour ne pas vivre ce que tu racontes... Elle savait... Longtemps je m'en suis voulue, quand je lis ça, je suis heureuse pour elle... J'espère ne jamais vivre ça ! Plutôt mourir !

    RépondreSupprimer
  11. et le pire c'est que ça vient de personnes qui pensent souvent réellement faire leur métier comme elles devraient le faire...

    Dans le genre aussi, hier, en train de changer une sonde urinaire d'une patiente avec l'infirmière, la présence est mise, la porte close et la porte de la salle de bains ouverte pour faire "rempart".... l'ash frappe, on répond en choeur "non"... elle rentre quand même avec le plateau-repas... elle a bien mis 30 secondes à ressortir de la chambre...

    Idem dans un autre endroit avec la nénette qui apporte les factures aux résidents... rien à faire des présences, de l'intimité, du respect de la pudeur, les sous ce sont les sous...

    Mais quand on voit qu'un stagiaire peut dire "on va vous torcher, madame, parce que vous avez de la merde au cul" en toute impunité, que son école n'en a même pas été avisée... Est-ce très étonnant ?

    RépondreSupprimer
  12. Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout ce que vous voudriez qu'on fasse pour vous, faites en de même pour autrui...

      L'autre.

      Supprimer
  13. Bonne piqûre de rappel! A force d'entendre ces petits mots, on s'y habitue et on ne se rend plus compte de la violence dont on peut faire preuve... J'attends la suite!

    RépondreSupprimer
  14. J'espère ne jamais travailler dans une équipe où l'on considère les résidents comme de simples objets, le boulot est difficile physiquement, le manque de personnel surtout le week end pousse les AS et les agents à accélérer la cadence , effectivement je vois des couchers très/trop tôt, des soins parfois survolés ... mais j'ai la chance de travailler avec des personnes respectueuses et impliquées , c'est peut-être cela qui change tout et pourtant la tâche est loin d'etre facile quand on enchaine plusieurs jours sans repos . Bon courage à vous .

    RépondreSupprimer
  15. Bon courage... Garde cette plume-mémoire !

    RépondreSupprimer
  16. si tous les gars du monde se donnaient la main ...
    chanson des années 30...si loin,si proche
    si tous les justes d'aujourd hui se décidaient à la révolte contre toutes ces maltraitances,il y en aurait moins...on n'empécherait pas tout,mais en culpabilisant les cons et connes,les idiots inconscients qui commettent ces crimes-car cela en est-alors nous ferions avancer le chemil-blik...
    qui commence ?
    à 75 balais, IDE retraité depuis longtemps,j'ai envie de venir jouer le garde-chiourme autour de ces minables
    j'attend les bonnes bonnes volontés pour continuer le combat
    achrisbong@yahoo.fr

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. bonjour, j'ai commencé mon combat comme vous dites pour défendre toutes les personnes qui ont subi de mauvaises choses ! mais j'ai l'impression d'être seule face à ses grands groupe de maison de retraite privé qui s'en mette plein les poches et qui sont les premiers à maltraiter puisqu'ils embauchent le stricte minimum en personnel !!
      de plus, j'ai envoyé un mail à une soi-disant association qui protège les personnes maltraitées... jamais eu de réponse !!! c'est une honte !!! je poursuis seule cette bataille aux risques de ne pas trouver de CDI !!!!

      Supprimer