jeudi 24 janvier 2013

99 ans

Qu'est-ce qui m'arrive?

J'ai quatre ans. Ma mère pleure. Mes parents m'avaient dit qu'un bébé allait arriver. Maman avait un gros ventre et elle souriait beaucoup. Et puis hier, elle a arrêté de sourire. Elle a crié, beaucoup. le docteur est venu dans la soirée. J'étais dans ma chambre et je ne dormais pas, j'entendais ma mère crier. Et subitement il y a eu un grand silence. Ma mère ne criait plus. Elle pleurait, et mon père aussi. Le docteur est reparti. Le lendemain matin le ventre de maman était moins gros. J'ai demandé si le bébé était arrivé. "Oui et non". Maman a passé une semaine au lit à pleurer, papa est retourné travailler. Je n'ai pas eu de petit frère.

J'ai soif. Bon Dieu que j'ai soif!

J'ai dix ans. Papa n'est pas rentré du travail. Le voisin est venu nous voir, il nous a parlé d'un accident. J'ai pas très bien compris. Maman pleure. Mamie aussi. Moi je ne sais pas ce que je dois faire, parce qu'on ne me dit rien. Je crois qu'il faut que je pleure aussi.

Si seulement je pouvais enlever cette barrière! Il faut que j'aille aux toilettes et je suis prisonnière de mon lit!

J'ai 15 ans. L'école est loin derrière moi. Maman travaille beaucoup mais son salaire ne suffit pas pour toute la famille, alors il faut bien que j'aille à l'usine moi aussi.

Mais pourquoi personne ne vient? Tout le monde dort? Si seulement je pouvais appeler. Cette fichue voix qui est partie depuis des années.

J'ai 20 ans. Je viens d'épouser Robert. C'est un bon garçon, gentil et travailleur. Maman l'aime beaucoup, elle trouve qu'il ressemble un peu à papa.

Trop tard, je me fais dessus. Je suis trempée. Je me sens sale.

J'ai 25 ans. Nos filles sont les plus jolies du village, foi de maman! Mais deux enfants, c'est du travail. Robert voudrait un fils. On va essayer encore.

Encore trois heures avant l'arrivée de l'infirmière. Trois heures avec cette humidité collée aux fesses. Impossible de me rendormir.

J'ai 32 ans. Quatre filles et un garçon, on pourra dire qu'il s'est fait désirer celui-là! Deux garçons en fait. Mais le petit Charles n'a pas vécu très longtemps, le premier hiver a eu raison de sa santé fragile.

Ma voisine est réveillée, j'entends sa radio. Je renonce définitivement à mon sommeil.

J'ai 45 ans. Je viens d'enterrer maman. Elle a passé sa dernière année de vie avec nous, à la maison. "Une longue maladie" comme on dit. Une sale maladie. Finalement sa mort est presque un soulagement. Elle était tellement fatiguée!

L'infirmière arrive enfin. Dommage qu'elle commence sa tournée par le début du
couloir.

J'ai 58 ans. Les enfants ont quitté la maison. Ils sont tous mariés, sauf Marie. Mais Marie, c'est différent. Elle a fait des études, elle n'avait pas le temps de trouver un mari. Mais maintenant, ça va, elle a un métier, elle va pouvoir se trouver un gentil garçon.

"Vous avez encore fait pipi au lit mamie?" Je déteste cette bonne femme. D'une part je ne suis pas sa mamie, d'autre part inutile de me rappeler ce que j'ai fait, je le sais très bien, merci!

J'ai 70 ans. Robert et moi venons de fêter nos noces d'or. On a fait une belle fête, avec les enfants et les petits-enfants. Le petit Adrien n'a que quelque mois et c'est le portrait craché de son père au même âge. Je pensais que Marie aurait profité de l'occasion pour nous présenter quelqu'un mais non. Elle dit qu'elle est bien comme ça, toute seule.

Et voilà, elle m'a encore collée dans ce maudit fauteuil devant la télé à fond. Elle le sait, pourtant, que je préfère rester dans ma chambre le matin. "Il faut voir du monde mamie, vous allez pas rester toute seule quand même?" Et si j'ai envie d'être seule moi? Et si j'ai pas envie d'être bloquée devant un écran que je ne vois même pas à écouter beugler les animateurs toute la journée?

J'ai 74 ans. Robert n'est plus là. Un matin, il ne s'est pas levé, il était mort. Aussi simple que ça. 54 ans de vie commune. 6 enfants, dont 5 vivants. 9 petits-enfants. Une vie bien remplie, comme dit ma voisine Louisette. Et maintenant, une vie sans lui. Vide. Les petits-enfants viennent de temps en temps, surtout pendant les vacances. Mamie-gâteau mamie-nounou, c'est bien commode. Le reste du temps, je ne vois pas grand-monde.

Quelle heure peut-il bien être?

J'ai 78 ans. Marie s'inquiète pour moi. Elle trouve que je ne mange pas assez, et puis le ménage, ça devient difficile non? Elle me parle d'aide-ménagère et d'infirmière. Si ça peut lui faire plaisir, pourquoi pas? Mais je ne vois pas ce qu'elles vont faire, je me débrouille très bien toute seule. Louisette a une femme de ménage, il parait qu'elle est bien. Marie va lui demander si elle pourrait aussi venir chez moi.

Qu'est-ce que c'est que ça? Ça a vaguement le goût de carotte mais ça n'en a pas la consistance. Et cette mégère qui veut faire entrer la cuillère de force, elle ne voit donc pas que j'en ai encore plein la bouche?

J'ai 82 ans. Je regarde Véronique s'affairer dans la cuisine. Elle renifle. Je crois que la mort de Louisette l'a beaucoup affectée, elle l'aimait bien malgré son caractère difficile. Les petits-enfants ne viennent plus. Ils ont grandi eux-aussi, la vieille mamie-nounou est devenue trop ennuyeuse. Quant aux enfants, ils ont leur vie comme ils disent. Heureusement que Marie n'habite pas très loin, elle passe tous les dimanches.

Quelle heure est-il? La mégère a décrété que je n'avais pas faim et ne m'a pas donné de dessert. C'est juste que je n'aimais pas la purée. Mais forcément, quand on ne peut pas parler...

J'ai 87 ans. L'an dernier je suis tombée dans la rue. Oh, rien de grave, mais il a quand même fallu appeler les pompiers, je ne pouvais plus me relever. L'ambulance, l'hôpital, Marie qui venait me voir tous les jours. Je suis restée deux semaines, tout le monde était très gentil. C'est Marie qui est venue me chercher à la sortie, mais elle ne m'a pas ramenée à la maison. Elle m'a amenée ici, à la "résidence du chêne", et elle m'a dit que c'était ma nouvelle maison désormais, que c'était mieux comme ça, que je n'allais plus être toute seule. Elle m'a montré ma chambre, mes nouveaux meubles, mes affaires pliées dans l'armoire. Elle était contente d'elle, elle n'arrêtait pas de sourire. Elle me disait que j'allais être bien ici. Mais de quoi elle se mêle? Et ma maison? Et mes meubles? Et Véronique?

J'ai soif. Et j'ai envie d'aller aux toilettes. Et puis j'ai mal au pied. Et à la tête. Est-ce que quelqu'un pourrait éteindre cette fichue télé?

J'ai 92 ans. Les enfants ont vendu ma maison pour payer la maison de retraite. Ils ont gardé quelques meubles et ont donné le reste. Ils ont donné mon lit. Le lit que j'ai partagé avec Robert pendant 54 ans. Le lit dans lequel ils sont nés. Le lit dans lequel leur père est mort. Personne n'en voulait, alors ils l'ont donné. Ils ne m'ont rien demandé, à moi, leur mère. Normal, je suis une vieille femme qui ne parle plus depuis la mort de son fils. Le deuxième, celui qui avait survécu. J'ai trop pleuré et trop prié, les mots n'arrivent plus jusqu'à mes lèvres maintenant. De toute façon, je n'ai plus rien à dire.

Quelqu'un bouge mon fauteuil, ça doit être l'heure du goûter. Un café tiède et une compote, comme tous les jours. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?

J'ai 99 ans. 100 ans dans un mois. C'est l'effervescence à la maison de retraite. Pensez-vous, une centenaire, ici, c'est quand même la preuve qu'ils sont bien traités nos ptits vieux! Il y aura le maire, la gazette locale, et puis la famille, ça fera bien sur la photo!

Je suis fatiguée, tellement fatiguée. La compote ne passe pas. Je n'entends plus la télé, quelqu'un a enfin eu l'idée de l'éteindre. Tiens, je n'ai plus mal à la tête, c'est agréable. Mais qu'est-ce que je suis fatiguée tout à coup! Je vais dormir un petit peu. Juste un petit peu avant le repas, une petite heure, dans le fauteuil.

J'ai 99 ans. Ma vie a été longue, surtout la fin. Je n'aurai pas 100 ans.

32 commentaires:

  1. Bravo, c'est remarquablement écrit.

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  2. c'est superbe, merci pour ce beau récit .

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  3. Quelle lucidité. Cette pseudo fiction est tellement proche de la réalité. Bravo pour la qualité de cet écrit. C'est poignant.

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  4. Whaou... ca donne a reflechir...
    Cest tres touchant !

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  5. C'est très fort tout ça, et tellement vrai. C'est pour cela que je suis presque contente que ma mère soit partie avant d'être vieille, elle aurait détesté être vieille ! Et j'espère bien que je n'aurais jamais le sort que tu décris !

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  6. C'est juste fabuleux. Ton écrit. Merci.

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  7. Si les soignants se mettaient un peu tous les jours à la place des gens qu'ils prennent en charge, comme tu le fais brillamment ici.
    Dire que certains te considèrent comme une simple bonniche, j'en ai honte pour eux.
    Merci encore pour ton humanité et ta clairvoyance.

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    1. Alors toi... Toi... Vraiment! Je sais pas comment tu te débrouilles, mais tu trouves toujours les mots qui font mouche! Merci :-)

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    2. Je suis complètement d'accord avec le Docteursachs, j'ai été soignante en maison de retraite, j'ai toujours veillé à être respectueuse avec les patients (j'espère avoir réussi), très beau récit comme toujours Babeth

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  8. Tu sais quoi, Babeth, tu viens d'écrire l'histoire de mon arrière-grand-mère, qui est morte l'année dernière à 99 ans et 11 mois, quelques mois après son entrée en maison de retraite. J'ai eu les marmes aux yeux...
    J'aurais voulu être plus près d'elle, malheureusement elle était à l'autre bout de la France. J'espère juste qu'elle a été mieux traitée que ça pendant les quelques mois qu'elle y a passé.
    Cet article devrait être lu par tous les soignants, qu'ils travaillent en EHPAD ou à l'hôpital, ou à domicile. Juste, Merci!

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  9. Merci à toi pour ce très beau commentaire.

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  10. MERCI! MERCI! MERCI! Quel beau récit... mais quel déchirement... j'ai peur de la vieillesse!

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  11. C'est magistral, comme si tu avais déjà vécu l'autre côté.
    C'est criant de vérité .
    Puisse un maximum de soignant l'entendre.

    Tu a une extraordinaire sensibilité et beaucoup de talent.

    Merci Babeth.

    L'autre.

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  12. C'est extraordinaire si tout le monde pouvait comprendre les douleurs de la vie et essayer de nous aimer simplement. Sans chichi mais tout simplement humainement. Fêter ses 100 ans pourrait être agréable et suportable.
    Une ex préposée aux bénéficiaires dans des temps pourtant pas si lointain mais qui avait l'intelligence de reconnaître nos aïeux pour ce qu'ils étaient.

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  13. JVEUX PAS ALLER EN MAISON DE RETRAITE!!!
    superbe récit, merci.

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    1. T'iras pas... t'auras une super auxiliaire de vie pour prendre soin de toi :-)

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  14. Bonjour. Je suis kiné et je travaille en cabinet et en maison de retraite.
    J'ai bcp aimé ton récit qui au delà de la personne âgée, voit toutes les personnes qu'elle a été.
    Les gens ont parfois tellement de mal à imaginer l'humain derrière cette personne qui ne parle plus et qui est dépendante.
    Je voulais juste dire que là où je travaille, je trouve que tout les membres du personnel , notamment les aide-soignantes , font un travail formidable, dans le respect et l'humanité. Elles font d'ailleurs régulièrement des formations appelées "humanitude " qui sont basées là dessus. Et vu que ce n'est pas ma première maison de retraite, je sais que c'est rare...
    Alors, quand vous serez vieux, venez tous dans le gers ! ;-) Merci encore à toi pour avoir pris le temps de nous faire comprendre des choses à travers ta plume....

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    1. La retraite dans le Gers, je dis pas non, ne serait-ce que pour la cuisine :-)

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  15. Toute vie, fort bien contée comme toujours. L'espérance de vie augmente dans un monde de moins en moins altruiste. pas sure que ce soit bien. Je déteste les maisons de retraite!

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  16. Bonjour,
    je suis aide soignante, et ton recit me touche et me heurte en meme temps...
    j'essaie au maximum de ne pas oublier que je m'occupe d'un etre humain, qui a ses opinions, sa vie, son caractere...et puis il y à l'institution, qui ne me laisse pas le choix de ce que je vais servir comme repas à cette personne, du temps dont je dispose por aider cette personne
    car il y a l'effectif restreint et la charge de travail, le jeu d'equilibriste a longueur de journée, pour faire tout ce qu'il y a a faire, mais aussi respecter la personne...pis il faut composer avec les collègues de travail, celles qui ne viendront jamais sur un blog comme le tien, celles qui disent "alors mamie, ON va faire sa toilette" ;"ON à encore fait pipi au lit" c'est quoi, ce "ON"??
    puis il y a ce qui se passe à l'office, l'infirmiere qui pleure parce qu'elle s'est fait brasser par un medecin ou un parent mal embouché...
    alors moi je me sens comme coincée entre l'enclume et le marteau, entre mon humanité de femme et soignante, et le système qui nous broie, nous à l'usure...
    j'ai voulu changer de metier, mais :
    "ma bonne dame, avec un metier comme le votre, on a toujours du travail, on ne se plaint pas" me rétorque l'employé du pole emploi quand je suis entre deux contrats...
    alors des fois je bosse avec quelqu'un comme toi et je suis contente...puis des fois je tombe sur de vieilles carnes aigries et usées, et soit je cavale toute la journée pour faire au mieux, soit je laisse tomber, baisse la garde. alors je n'aime plus le travail que je fais et le soignant que je deviens parfois.
    alors je te le dis tu ecris tres bien, et j'aime ce qu'il transparait de ton écrit..mais en meme temps, ça me heurte...parceque un soignant est aussi un humain, avec son caractere, ses opinions, sa vie...et des fois il va à l'encontre de ses convictions...

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  17. très beau texte qui me rappelle des situations que j'ai vécu....

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  18. Votre texte me touche beaucoup, comme la vieillesse . Je vous recommande la lecture d'un autre texte sur le blog d'une amie qui rejoint votre analyse : http://eperluette.over-blog.com/article-secouer-le-cocotier-42599147.html, ainsi que ma manière à moi, ( pour l'instant ) de voir cette époque de la vie
    http://prose-poetique-avec-dix-mots.blogspot.fr/p/vieillir.html

    Bonne journée !

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  19. Cet article est juste magnifique

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  20. Interne en gériatrie , je trouve votre texte particulièrement beau, émouvant .. et je n'ai qu'un mot pour le résumé. MERCI !!!

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  21. Bonjour! Je vous lis de temps en temps et chaque fois, vous me ramenez à quelque chose que je connais ou que j'ai connu. Merci pour ces moments de vie si vrais. Peut-être que vous pourriez rassembler vos écrits et les publier non?? Cordialement Mylène

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  22. Très beau texte, intelligemment construit, bravo !

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  23. J ai rarement lu un texte d ' une telle qualité
    Dr JFS

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    1. Dr Jean-François SLIWINSKI , médecin géénéraliste19 mai 2013 à 00:40

      Ce texte me rappelle les paroles de la chanson de benabar " quatre murs et un toit ", mais ici il s ' agit de la vie d ' une maison
      Artist: Bénabar
      Album: Reprise Des Négociations
      Année: 2005
      Titre: Quatre Murs Et Un Toit


      Quatre Murs Et Un Toit Video:
      Reprise Des Négociations Paroles

      » Le Dîner
      » Maritie Et Gilbert Carpentier
      » Bruxelles
      » Triste Compagne
      » La Berceuse
      » Les Épices Du Souk Du Caire
      » Qu'est-ce Que Tu Voulais Que Je Lui Dise?
      » Le Méchant De James Bond

      Parole de Quatre Murs Et Un Toit:
      Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison future. On s'endette pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme enceinte. Les travaux sont finis, du moins le gros œuvre, ça sent le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.

      Le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.

      Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon. On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne. Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane.

      On pourra y faire un jour une cabane.

      Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on remplit sans se douter le grenier doucement. Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c'est dommage, est à l'abandon. Monsieur rêverait de creuser une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.

      Ça sera une deuxième salle de bain.

      Les enfants vont et viennent chargés de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale. On a fait un bureau dans la p'tite pièce d'en haut, et des chambres d'amis, les enfants sont partis. Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, vêtement par vêtement.

      Petit à petit, vêtement par vêtement.

      Ils habitent à Paris des apparts sans espace, alors qu'ici il y'a trop de place. On va poser tu sais des stores électriques, c'est un peu laid c'est vrai, mais c'est plus pratique. La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ronronne la machine à laver.

      Dans son ventre ronronne la machine à laver.

      Les petits enfants espérés apparaissent, dans le frigo, on remet des glaces. La cabane du jardin trouve une deuxième jeunesse, c'est le consulat que rouvrent les gosses. Le grenier sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs, qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit. Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent immobilier. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils fantômes. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de bagarres, et de copieux quatre-heures, “finis tes devoirs”, “il est trop lourd mon cartable”, “laisse tranquille ton frère”, “les enfants : à table !”.

      Écoutez la musique, est-ce que vous l'entendez ?

      [ Ces sont Quatre Murs Et Un Toit Paroles sur http://www.parolesmania.com/

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    2. J'aime beaucoup, merci d'avoir partagé cette chanson.

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  24. Larmes aux yeux... c'est un très beau texte!

    Je me reconnais beaucoup dans votre histoire (8 ans en tant qu'aide à domicile et je prépare l'oral d'aide-soignante).

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