samedi 24 mars 2012

Pause forcée

Mon ventre s'arrondit. J'arrive dans le dernier trimestre, la dernière ligne droite. Il est temps de faire le point.
Trouver une super nounou : fait.
Organiser les congés (congé mater, congés annuels) à venir : fait.
Penser au cumul des emplois et aux trajets que cela occasionne : fait.
Réfléchir à la possibilité d'un congé parental partiel : fait.
Trier les affaires, organiser l'espace, préparer Amélie au partage de la chambre : fait (enfin, presque).
Me reposer, étirer mon dos le plus souvent possible, faire attention aux charges lourdes : en cours (pas simple dans ce boulot).
Prévenir mes deux employeurs de la date du congé maternité : fait.
Bref, pour une fois, je me suis pas trop mal organisée, et la fin de grossesse aurait pu s'annoncer plutôt pas mal.
Ah mais oui mais non, c'est trop facile ça! C'était sans compter sur Madame Grand-Chef qui m'adore et m'idolâtre et qui a décidé de mettre un peu de piment dans ma vie monotone (Vous ai-je dit à quel point ma vie était monotone? Non? Normal, elle ne l'est pas).
Mais revenons à nos moutons. Je récapipète. Nous avons attendu que je fasse partie du service depuis plusieurs années avant de nous lancer dans la conception de la deuxième merveille du monde (la première étant, bien sûr, Amélie). Nous sommes chez nous, dans notre maison, Amélie va bien, on bosse, on n'est pas riches mais ça pourrait être pire, bref, c'est le moment où jamais. Avant c'était trop tôt, après ça risque d'être trop tard.
Bref, tout va bien, on entame le troisième trimestre, on a écarté le diagnostic de malformation, on a encaissé quelques mauvaises nouvelles (on fait avec), on a pleuré, on a ri, plus que trois mois avant de découvrir si notre fiston a les yeux de papa et le nez de maman (ou le contraire) et là, paf, Madame Grand-Chef décide de s'en mêler. Et pas qu'un peu. Madame a donc décrété, unilatéralement et en accord avec une conviction profonde qui n'appartient qu'à elle que mon contrat s'arrêterait pile poil à la veille du congé mater. Ainsi, pas de congés annuels et surtout, pas d'obligation de réembauche après le congé mater. Ben oui, les budgets sont serrés cette année, c'est la crise, les vieux meurent (les salauds!), y'a du chômage, l'essence coûte cher, la sécheresse menace à nouveau (rien à voir mais c'était pour meubler)...
Donc, il m'est demandé de bosser comme un âne jusqu'au congé mater, puis de partir sans rien dire sur la pointe des pieds, puis de... ben rien en fait! Parce qu'après, c'est l'inconnu. Parce que Madame Grand-Chef, qui a pitié de la faible femme que je suis, pense qu'avec deux gosses je risque d'être embêtée pour travailler (euh, on est en 2012 non? Y'a des tas de femmes qui se débrouillent tous les jours). Parce qu'elle croit que finalement, je serais mieux à la maison à m'occuper des couches d'un nouveau né qu'au boulot à m'occuper des couches des bientôt morts. Parce qu'elle a sans doute peur que je culpabilise de ne pas être dévouée corps et âme 24h/24h à la chair de ma chair (et je fais comment depuis sept ans?). Parce que peut-être qu'une formation payée par l'assurance chômage (et non par le boulot) ne me ferait pas de mal (merci, je suis déjà éducatrice, j'ai pas très envie de passer un diplôme équivalent à celui de mère au foyer). Parce que... ben je sais pas en fait.
Peut-être aussi parce que ça fait partie de sa nouvelle politique : je renouvelle l'équipe, je me débarrasse des anciennes trop bien installées dans leur routine et j'embauche des ptites jeunes malléables à merci qui feront le sale boulot sans broncher sans oser venir revendiquer un jour de congé par semaine ou l'allègement de certaines journées (parce que parfois, il faut le dire, l'amplitude horaire est un peu longue).
Peut-être aussi parce qu'en poussant délicatement certaines vers la sortie ça fait des congés en moins à payer, une prime de fin d'année économisée, une formation en moins à financer.
Bref, toute notre organisation est à revoir et je l'apprends maintenant, à quasi six mois de grossesse. Autant dire que je le vis (un peu) mal. Là, d'urgence, il faut que j'annule la nounou, que je me renseigne sur les allocations chômage, et surtout, surtout, que je trouve un boulot! Sauf que bon, hem, se pointer à un entretien d'embauche avec un ventre tout rond...
Y'aurait bien la solution glandouille : profiter du chômage pour buller à la maison avec baby boy et Amélie en misant sur les allocations diverses et variées. Euh... non. Rester à la maison, j'ai déjà essayé, c'est pas mon truc. J'ai pas l'âme d'une femme au foyer. Et mon compte en banque non plus. Donc c'est inenvisageable.
Allez, je positive. La question des congés est réglée, je n'aurai pas à me battre avec mes collègues pour négocier les prochaines vacances. Et puis, moi qui me refusais de répondre à certaines annonces intéressantes parce qu'elles étaient en CDD, maintenant je peux.
Et pourquoi ne pas trouver un poste de monitrice éducatrice? Un poste qui me corresponde, plus près de chez moi si possible (et surtout mieux payé)?
Et pourquoi ne pas profiter du temps de recherche pour reprendre certaines activités laissées au placard par manque de temps? Aller courir, faire des acrobaties à cheval, faire un stage de cirque... Sinon, plus simple, me balader, faire des photos, plein, voir des amis... bref, avoir une vie sociale!
Finalement, je devrais lui dire merci à Madame Grand-Chef : elle a pris pour moi une décision que je n'aurais pas osé prendre, elle a choisi à ma place et m'évite ainsi tout un tas de questions existentielles sur mon avenir. Mon boulot est derrière moi, à moi d'en trouver un autre. Le même, plus près (parce que quand même, j'aime bien ce que je fais), ou un autre. Tout est possible, tout est envisageable.
En attendant, je vais profiter du printemps, des jours qui s'allongent, de la belle lumière, de la forêt toute proche. Profiter de la tranquillité de notre petit chez nous avant l'arrivée du baby boy, puis m'émerveiller devant un petit garçon et sa grande soeur.
Le printemps commence bien, l'été ne s'annonce pas si mal, croisons les doigts pour l'automne.