dimanche 15 janvier 2012

Ecrire

Je ne sais plus comment j'étais tombée dessus. Au détour d'une lecture, un clic machinal, et une belle surprise. Le blog d'un flic ordinaire. Je l'ai lu d'une traite, et ça m'a pris du temps! J'en avais les yeux qui pleuraient, mais je ne pouvais pas m'arrêter de lire. C'était vivant, humain, et tellement bien écrit. Ma lecture finie, j'en voulais encore, alors j'ai cliqué sur le premier lien de la blogroll, et je suis tombée sur un véto.
Deuxième révélation. J'ai tout lu, je me suis explosé les yeux une fois de plus, mais je ne l'ai pas regretté. Spontanément, je pensais au véto qui s'est toujours occupé des chats et chiens de la famille. Le même depuis 20 ans. Et là, j'entrais (un peu) dans sa tête. Je n'imaginais pas tout le côté social qu'il y avait à soigner des animaux. Les relations avec les humains, les urgences de nuit, les visites en campagne... Une découverte. Et puis, forcément, quand j'ai eu fini de lire le blog, grosse frustration. Mince, plus rien à lire? Alors j'ai encore cliqué sur le premier lien de la blogroll (la magie de cet outil, c'est incroyable!) et je me suis retrouvée chez la dresseuse d'ours.
Troisième révélation. Je ne vous refais pas le topo, c'est devenu une routine. Lecture, explosion de pupilles, frustration d'avoir fini et clic...
J'étais entrée dans l'univers des blogs bien écrits, et j'étais devenue accro. Des médecins, des infirmiers, des vétérinaires, des sages-femmes, des assistantes sociales, des policiers, des avocats... Un sujet, un blog (voire un sujet, cent blogs). Un blog, un univers. Un être humain, caché derrière un écran, qui écrit, raconte, partage. Un professionnel, caché derrière un pseudo, caché pour mieux se montrer, faire connaître son travail.
Alors forcément, j'ai eu envie d'aller plus loin, et ma curiosité m'a poussée à tapoter sur google : "blog+auxiliaire de vie". Clic. Attente. Euh... ben... c'est un peu vide quand même. Y'a des liens, c'est déjà ça, mais ça pointe sur des blogs vides, ou sur des moteurs de recherche, ou sur des 404. Je trouve un blog intéressant, qui raconte le parcours d'une VAE, mais le dernier billet date un peu.
Rien de neuf chez les auxiliaires de vie? Pas d'émotions à partager, d'histoires à raconter? Pas de questions sur le métier? Pourtant il y en aurait des choses à dire! On rencontre tellement de personnes différentes, on fait tellement de choses! Bon, certes, je dis pas que c'est toujours palpitant comme boulot, mais quand même, y'a des belles rencontres, des histoires de vie, des moments difficiles aussi... Bref, on n'est pas juste des ptites bonnes femmes sous-diplômées avec un balai à la main, une cohorte de smicardes silencieuses. Non. On fait ce métier par choix ou par dépit, mais on le fait. On le choisit ou on le subit, mais finalement, on l'aime ou on le quitte (oui je sais c'était facile).
Et donc, personne pour raconter ça? Pour écrire, partager? Bon ben... moi je veux bien en parler de mon boulot! Et puis parler des gens que je rencontre, des horaires, de la diversité des tâches, et puis de moi dans tout ça (un peu). Mais si j'en parle, ça sera pas toujours sympa, parce que faut pas rêver, toutes les personnes âgées ne sont pas d'adorables vieilles dames tricotant paisiblement au coin du feu. 
Alors je me suis lancée, sous pseudo. Timidement d'abord, sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger. Une petite souris, "excusez-moi, je ne fais que passer, c'est juste pour dire que youhou, on est là, nous les avs, les ptites bonnes femmes discrètes qui passons tous les jours".
J'ai raconté les rencontres, les émotions, j'ai parlé de certaines personnes qui me touchaient plus que d'autres, en bien ou en mal. J'ai dit mon incompréhension face à un système d'aide dont je ne comprends pas toujours l'utilité. J'ai parlé de tristesse, de joie, de fatigue parfois. Et puis de moi. De ma fille, du bébé à venir (au fait, il va bien, on continue une surveillance accrue au cas ou mais a priori ça va). Je suis restée évasive sur mon employeur et sur ma région, par prudence, parce que je pourrais vraiment me faire virer si jamais Madame Grand-Chef tombait sur ce blog. J'ai moi aussi fait une blogroll avec les gens que j'aimais lire, j'ai créé un compte twitter pour prendre des nouvelles des uns et des autres quand aucun nouveau billet n'était publié, j'ai du coup découvert d'autres gens, d'autres blogs...
Bref, je me suis lancée dans une belle aventure. J'ai fini par en parler à mon mari, à quelques amis, et à certaines de mes collègues qui avaient démissionné. J'ai eu des retours positifs, d'autres négatifs, et ça m'a fait réfléchir. Est-ce que je fais bien mon métier? Quelle est l'image que j'en donne? Ne ferais-je pas mieux de faire autre chose? Est-ce que ça en vaut la peine?
Et puis, de belles surprises. Je suis apparue dans la liste de liens de gens que j'aimais bien, et ça m'a touchée, vraiment. J'ai reçu des mots encourageants, des mots de réconfort, à des moments où j'étais fatiguée, et ça m'a remonté le moral.
Je réalise que, médecin, vétérinaire ou auxiliaire de vie, l'important n'est pas forcément la valeur sociale de notre métier. C'est le sens que l'on y met. L'amour de ce qu'on fait. Pourquoi on le fait, pour qui. Pour nous, pour les autres, pour se dire qu'on essaie de faire bien, avec du coeur et des tripes. Même si c'est dur, même si c'est pas toujours gratifiant. Et ça, finalement, ça me va.
Et pour tout ça, je continue. Je me lève tous les matins pour aller voir ces gens âgés, être avec eux, aider comme je peux. Et, quand quelque chose me touche particulièrement, j'écris. Quand j'en aurai assez des plannings qui changent tout le temps, du salaire de misère et du peu de considération de Madame Grand-Chef pour ses "agents" interchangeables, j'irai voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Je postulerai plus près de chez moi, j'irai voir si je ne pourrais pas reprendre mon boulot d'éduc auprès de personnes handicapées, et je continuerai d'écrire, parce qu'autre chose me touchera, me fera réagir.
En attendant, je vous souhaite une bonne année, de beaux billets à écrire et à lire, des émotions tout plein. Pour moi, elle s'annonce plutôt bien, plus que quelques mois avant l'arrivée de la surprise, j'ai hâte!