mardi 22 mai 2012

Sois courageuse!

COURAGE n.m. (de coeur). Force de caractère, fermeté que l'on a devant le danger, la souffrance ou dans toute situation difficile à affronter. (définition du Petit Larousse 1999)

Voilà ce que l'on me demande : du courage! Je dois être ferme et affronter ma souffrance. Non, souffrance, tu ne me fais pas peur! Je suis ferme et je te tiendrai tête!

Ben voyons! Non mais vous imaginez un peu la scène? C'est pas crédible une seconde. Je vous rappelle la situation : mère décédée avant la naissance d'Amélie, père en fin de vie pendant la grossesse du deuxième, je sais pas si vous visualisez la symbolique, surtout quand on sait que j'attends un garçon. Pour un psy qui passerait par là, c'est pain bénit cette histoire!
Si on y ajoute le chômage inattendu, l'ombre du handicap qui a plané sur le début de grossesse, rappelant cruellement le passé d'Amélie, la fatigue physique et morale, les relations familiales pas toujours zen... vous comprenez que j'aie du mal à faire face? Alors le courage ma p'tite dame, c'est pas franchement à l'ordre du jour hein!

Tout ça, c'est ce que j'ai déballé à la gentille sage-femme de la PMI, contactée en urgence par la sage-femme qui me suit. En vrac, j'ai parlé du deuil, de la naissance, de ma peur, de l'accouchement à venir pour lequel je ne me sens absolument pas prête, du chômage, de l'avenir, de ma fille... Demain, il faudra aussi déballer tout ça à la psychologue contactée en catastrophe par le gynéco de l'hôpital. Et la semaine prochaine, il faudra tout reprendre pour l'assistante sociale contactée par la sage-femme de la PMI (contactée je vous le rappelle par la sage-femme qui me suit)... Vous suivez?

Bref, branle-bas de combat autour de baby boy, il est bien entouré ce petit!
Et pendant ce temps, pendant que tout s'organise, il faut être courageuse. Se lever le matin et vaquer aux occupations habituelles : Amélie, l'école, la maison, les courses, les activités, les examens médicaux de fin de grossesse... et mon père. Les visites à l'hôpital, les questions qu'on aimerait poser, les médecins que l'on ne voit jamais (ils sont bien planqués les bougres, j'suis sûre qu'il y a des passages secrets connus d'eux seuls dans le service!).
Et, tous les jours ou presque, les coups de fil de la famille qui se finissent invariablement par cette phrase : "Sois courageuse!"
Merde. J'ai pas envie, moi, d'être courageuse. J'ai pas envie d'être ferme devant la souffrance. J'ai pas envie de prendre sur moi, d'être forte, de résister. J'ai juste envie de pleurer, tout le temps. J'ai envie de me recroqueviller dans un coin en sanglotant. J'ai envie que ma mère vienne me consoler en me caressant les cheveux, envie que mon père me fasse un lait-fraise comme quand j'étais petite. Mais j'ai pas. J'ai un mari, une fille, un frère, des beaux-parents... mais j'ai pas un papa ou une maman pour venir me consoler, je ne suis plus la petite fille dont on prend soin. Je suis l'épouse, la mère, la soeur, la belle-fille, mais j'ai perdu la place de la petite dernière, la fille de, la gamine sur son vélo bleu à roulettes, celle à qui on demandait pas d'être courageuse.

Tout ça, j'en ai aussi parlé à la gentille sage-femme. La perte de cette place de fille et petite-fille, la vie qui continue, la naissance et la mort, une vie pour une autre, l'échéance qui se rapproche...

Et pendant que je parlais, je regardais le papier sur lequel elle avait griffonné tout ça, et je me suis surprise à penser que si elle avait un blog, ça ferait une chouette note! J'imaginais un billet à la manière de 10lunes, un truc bien écrit, bien raconté... Une histoire pas très belle, certes, mais une histoire de vie, comme il y en a tant, partout, tout le temps. Je me suis trouvée monstrueuse de penser à un truc pareil, j'étais tellement détachée soudainement. Je regardais ce papier, là, sur le bureau, les mots dansaient devant mes yeux fatigués, et je me disais que si je ne me connaissais pas je penserais d'emblée que la nana qui raconte tout ça est complètement mytho! Non mais pensez donc, c'est pas possible cette accumulation de merdes, elle en rajoute forcément la fille! Non? Et franchement, qu'est-ce qu'on peut faire pour elle? Surveiller la grossesse, parler, accompagner, proposer un suivi psy avant/pendant/après et... Et quoi? Ben franchement, à part du courage, je vois pas trop ce qu'on peut lui souhaiter.

"Allez, bon courage" me disent les sages-femmes, gynécos, amis, famille et compagnie à la fin des conversations.
"Il faut penser au bébé" rajoutent-ils avec un sourire crispé.
"Ça va s'arranger" osent-ils parfois.

Mouais. Faites-moi penser, à l'avenir, à ne plus utiliser ce genre de formule. N'oubliez pas de me rappeler à quel point ce genre de phrase est inutile et, pire, culpabilisante. Parce que non, je ne suis pas courageuse, non je ne pense pas qu'à mon bébé, et non ça ne va pas s'arranger.

22 commentaires:

  1. Des milliards et des milliards de pensées...
    Ca me fait penser que le "bon courage" je l'utilise, ma psy aussi...par contre le "sois courageuse" ça je détesterais...

    Etre ferme face à la souffrance, jamais entendu une phrase aussi conne !!!

    Une avalanche de câlins et de bisous contre toutes ces phrases à la con !

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  2. Le courage est quelque chose de tout à fait relatif.
    Et je trouve que du courage, tu en as déjà beaucoup. Alors encore plus? Je ne sais pas si c'est possible. Dans le courage il y a des moments de hardiesse, et aussi de la crainte, c'est normal.

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  3. La perte d'un être cher est difficile... De ton point de vue c'est encore plus douloureux puisque tout s'imbrique te rappelant continuellement ta souffrance...

    Après la grossesse de ma fille aînée j'ai fait une dépression ... lié à mon passé aussi ... (fille unique, premier bébé)...
    Pendant la deuxime grossesse, je n'ai pu souffler que passer le 7eme mois (je suis fille unique certes, mais j'ai été grande soeur d'un petit frère pendant qq mois, avant qu'il ne meure de la MSN).
    Je reproduisais le schéma : fille en premier, garçon en deuxieme ! Pour la deuxieme grossesse, comme elle ne se passait pas bien au début, ça n'a fait qu'empirer...

    Et une fois mon fils né, tout s'est envolé ! La vie avait repris le dessus ...
    donc oui ça s'arrangera en temps voulu MAIS bordel qu'on te foute la paix pendant ce temps interminable pendant lequel tu as le DROIT d'aller mal sans pour autant que ton bébé et les autres en patisse.

    Oui tu as le droit d'aller mal, de pleurer, etc ...
    OUI fais le ...

    Bref juste pour dire que je te comprends ... et je t'approuve !!!

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  4. Lectrice occasionnelle de votre blog si plein de sensibilité, je me permets juste de vous envoyer "une petite pensée juste pour vous toute seule".

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  5. Babeth, quand "la barque" est trop chargée, que de quelque côté qu'on se tourne il n'y a rien pour vous raccrocher, il est normal de lâcher prise un moment. Pleure, crie à l'injustice, couche-toi par terre les bras en croix. Du courage tu en as eu et tu en as plus qu'il n'en faut. Seulement quand la saturation arrive, il n'y a pas de courage qui tienne. Le barrage craque, nous ne sommes pas en acier trempé.
    Mais quand tu n'auras plus de larmes à force de pleurer, que ton bébé sera né, que ton papa aura cessé de souffrir, tu auras le réflexe de survie nécessaire pour continuer. C'est notre lot à tous, mais ce n'est pas pour ça que c'est facile. Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort...

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  6. Ouais , bien d'accord, complètement inutile parce qu'il y a des situations telles, que si l'on ne l'était pas on ne serait déjà pas là pour l'entendre et hyper- culpabilisante car elle sous-entend que si l'on craque c'est qu'on manque de courage, qu'on est lâche.
    C'est comme si notre douleur était minimisée, déniée, classée "gérable".
    Il y a que dans leur immense sentiment d'impuissance face à l'horreur de ce qu'il nous voient vivre les autres on besoin de dire quelques chose,alors ils disent cette ânerie au lieu de dire," je m'imagine comme ça doit être affreux ce que tu vis et suis dépité d'être impuissant. Je ne peux que t'assurer de ma sensibilité à ce que tu traverse là, de mon souhait que tu aies la force de faire ce chemin, que je serais là pour en parler et te prêter mon épaule pour pleurer si tu en éprouve le besoin et te donner tout autre forme d'aide dans la mesure de mes possibilités".
    Je n'ai plus de mère depuis fort longtemps, plus de père depuis quelques années, plus de conjoint, pas d'enfant.
    Je sais que certaines auraient tiré leur révérence si elles avaient eu à traverser ce que je traverse encore, et elles m'ont dit "bon courage", beaucoup m'ont dit "il faut que tu sois courageuse". Ah bon? J'y avais pas pensé tiens!
    J'en ai quand même remis quelques-uns en phase, leur expliquant que si je n'étais pas courageuse avec la vie que j'ai, je ne serais plus là. Mais que le courage demande une énergie énorme que parfois on n'a plus.
    Rien ne s'arrange parfois, on continue juste d'avancer, un jour après l'autre, dans des états pas possibles ,abruti par la douleur, puis la douleurs devient intermittente, laisse du répit, on arrive entre deux éprouver de la joie,ce qui nous permet d'espérer mieux.
    Ce qui s'arrange c'est que ça redevient un peu plus vivable et on arrive à ce projeter à nouveau en pensant que la vie réserve aussi des bonnes surprises parfois et on espère que c'est ce qui va arriver, pour changer de l'accumulation de merdes...
    Je t'embrasse te souhaitant le soutien dont tu as besoin.

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  7. SoleilDeMarseille22 mai 2012 à 09:55

    Et depuis quand n'a-t-on pas le droit d'être égoïste? De penser à soi et de prendre du temps POUR soi???Personne n'est courageux.On fait comme l'on peut avec les moyens dont on dispose.
    Envie de dormir? Dormez !
    Envie de pleurer? Pleurez !
    Rien à faire -du courage- dans une situation difficile. Ca c'est un jugement des gens de l'extérieur.
    Des bisous.

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  8. Arf... "bon courage" sont des mots que j'emploie souvent quand je ne sais pas trop quoi dire :-/
    Et ton homme ? Il parvient à t'épauler ? Te soutenir ?
    Je te le souhaite.

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    1. Mon homme m'aide comme il peut, et ce n'est pas toujours simple pour lui non plus.

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  9. Excusez-moi, je vous lis habituellement sur twitter et je n'ai pas trop suivi les différents échanges (peut-être que quelqu'un a déjà posé la question): vous avez été licenciée en étant enceinte? (Je viens de parcourir "35 ans").

    Ou il s'agit d'un CDD non renouvelé après 3 ans alors que vous êtes enceinte? C'est parfaitement légal, ça? Personne sur twitter ne pourrait le confirmer?

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    1. CDD non renouvelé... pour cause de grossesse. C'est légal tant que ce n'est pas écrit noir sur blanc :-)

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  10. Moi aussi j'emploie ce mot...je réfléchirais la prochaine fois.
    En tout cas je t'admire, tu arrives à écrire des notes de blog pleines de bon sens et surtout à dire ce que tu ressens. Beaucoup auraient mis le blog en stand by le temps...
    Bisous Babeth

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    1. Aucun mérite, en fait le blog m'est d'un grand secours, il m'aide à évacuer.

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  11. moi je dis souvent a mes femmes au travail : "autorisez vous a craquer !" et "pensez a vous, pas a vos enfants. et c'est seulement lorsque vous vous irez mieux, que eux le seront aussi".
    qu'en penses-tu???

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    1. j'en pense que je suis entièrement d'accord! Bon, j'accouche dans un mois, tu arrives quand? :-)

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    2. je suis toujours la si besoin ;) faut juste pas hesiter !!!!!
      (tu peux menvoyer un mail via mon blog)

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    3. Merci, je retiens l'idée -)

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  12. J'ai juste envie de te dire "prends soin de toi". J'ai toujours détesté cette expression "bon courage". Je ne l'ai jamais dite à mes patients je pense. Je la dit à mes soignants , par contre, quand ils sont débordés, râlent...un peu; ça me fait toujours sourire un peu car je donnerais n'importe quoi pour être à leur place. faudra que je fasse un post là-dessus pour ne pas envahir ton espace ;-).
    Que c'est pénible d'avoir a déballer son histoire à plusieurs personnes. Cette mauvaise organisation doit être volontaire (faut se rassurer ;-)) car à chaque fois que tu la déballes elle est un peu différente, tu as avancé un peu, seule. Il est des périodes de la vie où s'accumulent les soucis, les merdes. Celles qui iraient "bien" dans ta situation seraient-elles courageuses ? non, juste inconscientes, immatures, nombrilistes.....mais pas courageuses. Je trouve que tu l'affrontes pas si mal cette période.
    Alors, oui, surtout prends soin de toi, au risque de paraître égoïste; accepte l'aide de ta petite famille et si tu vas mieux elle ira mieux.

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  13. j'ai été très marquée par une phrase qu'aurait dite ma grand-mère le jour où elle a appris le décès brutal de son fils dans un accident de voiture. A un cousin qui lui disait "il va falloir avoir du courage, Y. !" Elle lui a répondu "du courage j'en ai mais du chagrin aussi !"
    Prends soin de toi !

    Ps : Que tu écris bien ! je suis bouleversée à chaque fois !

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  14. Je suis bouleversée par vos mots...Et je ne trouve pas les miens pour vous apporter mon soutien tout relatif et virtuel
    Un pas après l'autre. Prenez soin de vous. Laissez le temps au temps...
    Des expressions qui me semblent vides de sens ce soir. J'espère que vous trouverez du soutien, du réconfort, une épaule où vous blottir et pleurer. Sincèrement, Ingrid.

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  15. J'ai un peu honte. Ce "prends soin de toi" est sincère et pour avoir vécu des moments difficiles je sais que c'est très difficile mais indispensable. Je hais "garnier" et sa pub "prends soin de toi"!! J'ai l'air un peu c.. avec mon post pfff ;-)

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  16. Oups désolée mon message n'est pas très clair.....la fatigue sans doute.

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