mardi 29 mai 2012

Georges

Les jours passent et se ressemblent. J'ai trois maisons : la mienne, celle de mon père, et l'hôpital. Je passe mon temps à aller des unes aux autres. Je m'adapte. Je suis un peu partout, un peu nulle part. Beaucoup sur la route aussi. Les émotions violentes des premiers temps ont laissé la place à une routine rassurante. Les sujets qui fâchent ont été abordés, nous voici apaisés. Maintenant on peut reprendre la conversation là où on l'avait laissée. Mon père est d'une incroyable sérénité. J'en suis épatée, l'équipe soignante et la famille aussi. Bien sûr il y a des hauts et des bas. Des moments d'énervement, de doute, d'inquiétude. Pour lui comme pour nous. Et puis, certains jours, c'est comme si rien de tout cela n'existait vraiment. Comme si tout était parfaitement normal. C'est reposant.
J'ai de la chance finalement. Je peux choisir d'être à l'hôpital, chez moi ou chez mon père. Rien n'est vraiment très loin. Je peux me reposer sur mon mari. Je peux profiter d'Amélie. Je peux compter sur ma famille pour prendre le relais. Je peux parler. Je peux pleurer. Bref, je peux continuer à vivre presque normalement. Presque.
Pendant ce temps, je prépare aussi l'arrivée de Baby Boy. Le dernier mois est fatigant, les examens se multiplient. Branle-bas de combat, je mets toutes les chances de mon côté pour que tout se passe bien physiquement et moralement. Sages-femmes, psy, gynéco, toute une équipe m'accompagne. Il faut dire que la juxtaposition des événements m'effraie. Mon père va partir, mon fils va arriver, et je ne sais pas dans quel ordre auront lieu les choses. Il y a un mélange de hâte et de peur. Mon père veut connaître son petit-fils, alors je sais qu'il fera tout pour tenir jusque là. "Et même plus longtemps" m'a-t-il dit tout à l'heure. Ouf, ça nous laisse au moins un mois de sursis.
Et après... eh bien après, on verra. L'important, pour le moment, c'est de prendre soin de Baby Boy, histoire qu'il se tienne tranquille au chaud et n'ait pas l'idée farfelue de sortir prématurément! En attendant, j'ai quand même punaisé une photo de la dernière échographie dans la chambre d'hôpital. Une photo de son profil plus précisément. Parce que le gynéco a trouvé qu'il ressemblait un peu à Pompidou et que ça nous a bien fait rire... Pauvre gosse! Alors maintenant, ce n'est plus Baby Boy, c'est Georges. A croire qu'il est vexé, il ne m'a jamais donné autant de coups qu'en ce moment. Un coup de pied dans les côtes, un coup de tête sur la vessie, un coup de poing droit devant, c'est un vrai festival dans mon utérus. Tu vas voir quand tu seras sorti Georges, tu vas moins rigoler! N'empêche, je râle, je suis fatiguée, nauséeuse, je vais aux toilettes toutes les cinq minutes, mais figurez-vous que j'ai une chance incroyable. Parce que le soir, quand mon père est tout seul à l'hôpital, quand mon frère va se coucher en sachant sa femme et ses enfants loin de lui, quand ma belle-mère rejoint seule le lit conjugal, quand ma fille et mon mari se couchent seuls dans notre maison... Georges, lui, me tient compagnie. Il bouge, se retourne, je pose ma main sur mon ventre et je le sens, juste là. Il est partout où je suis, je ne suis jamais toute seule. Nous sommes deux, inséparables, dans les moments de solitude.
Il est le fils de sa mère et je suis la fille de mon père. La vie continuera, sans l'un et avec l'autre. Et ainsi de suite.

11 commentaires:

  1. On sent une certaine sérénité qui s'installe... et tu as raison, toi et ton baby boy êtes plus forts à deux.
    Si tu as envie de souffler et de penser à autre chose avec le sourire, voici un petit tag : http://100000verites.over-blog.com/article-rep-tag-de-ddm-105041083.html

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  2. Coucou Babeth,
    ça ressemble à l'acceptation, pour autant qu'elle soit possible face à la mort de ceux qu'on aime au plus près.
    Je trouve que résignation convient d'avantage.
    On n'accepte rien, on comprend qu'on n'a pas d'autre choix que de faire avec ,alors on fait au mieux.
    Ta façon de faire au mieux , je la trouve fabuleuse.
    L'humour après que le drame soit posé est souverain, comme la tendresse, tout comme la reconnaissance pour tous les "avantages" dont tu jouis en la circonstance.
    Du coup ton bébé c'est Boy Georges :-).
    Je suis curieuse de comment lui et son grand-père vont s'arranger pour sa rencontrer.
    Je suis toujours de tout coeur avec toi et je t'embrasse.

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  3. Bonsoir Babeth,
    un petit détour par chez toi avant la douche et le dodo,
    demain c'est à 6 heures le réveil.
    Je suis un peu sur le c.. de voir le peu de répondants que mobilise ton dernier billet alors qu'il est magnifique.
    Alors soit il y a un méga bug informatique et ça n'arrive pas, ou il faut que tout soit noir pour être perçu comme digne d'intérêt.
    Bon ça fera l'objet de mes prochaines cogitations et ça m'aidera peut-être à mieux comprendre mon propre entourage.
    Saches qu'"anonyme" c'est toujours moi et que je le mettrai toujours entre guillemets dorénavant pour que tu me reconnaisse :-).
    Un petit comble, un paradoxe.

    Je te souhaite le meilleur,l'amour , la sincérité, la paix et une joie profonde en dépit de la douleur.

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    1. Cher "anonyme"
      Merci pour ce très beau commentaire. Hélas, je ne vois pas les guillemets quand je modère les commentaires, du coup je ne suis pas fichue de te reconnaitre parmi les autres anonymes. Pas grave, cela restera une part de mystère :-)

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    2. Ben zut alors!
      Bon dorénavant je serais "l'autre" :-).
      Il faut que je me mette en état pour aller travailler.
      Je te souhaite une "bonne" journée.
      Quand le petit président aura grandi tu pourras lui dire qu'on s'est bien amusé de lui.
      Un Pompidou-Boy-Georges c'est pas rien comme vie intra-utérine, tout de même.

      Apès toutes ces irrévérences j'ai bien intérêt à garder une part de mystère..

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  4. Bonsoir Babeth,

    je continue à lire votre blog, à admirer votre cran, votre humour et votre finesse, je continuerai à retenir mes mots que je ne veux pas creux devant votre cheminement qui n'appartient qu'à vous.

    je mets juste mon petit caillou, si cela peut vous apporter quelques pistes lorsque vous pourrez un peu vous distraire de ce qui est actuellement votre quotidien.

    je vous avais parlé d'un article que je voulais ecrire sur le social.fr, article qui n'a finalement pas accepté, car j'y donnais des liens vers d'autres sites, en particulier vers votre blog.

    j'y parlais des différentes possibilités de se diplomer pour les aides à domicile, les AMP, les aides-soignants, sans forcément passer par la VAE, la formation professionnelle continue ou initiale.

    j'ai pensé à vous pour un aspect: obtenir le DEAVS sans perdre d'energie, énergie qui sera plus utile à ce qui est actuellement votre essentiel.

    Un diplome de l'éducation nationale, la Mention Complémentaire d'Aide à Domicile, est la parfaite équivalence du DEAVS.

    Ce diplome peut se passer en candidature libre, comme beaucoup de diplomes de l'éducation nationale.

    La démarche à suivre:

    - Vous vous adresserez au rectorat de l'académie dont vous dépendez, vers les mois d'octobre-novembre (faire attention aux dates d'inscription), afin de vous inscrire pour passer l'examen en candidat libre le mois de juin suivant.

    - Vous préparerez un dossier de pratique professionnelle portant sur deux études de cas que vous aurez rencontrées en poste. Dossier accompagné de justificatifs attestant de 3 années à temps complet d'expérience professionnelle.
    Bien se renseigner sur la composition de ce dossier, car il est essentiel pour le passage de l'examen, et les rectorats ne sont pas toujours explicites.

    - La formation de la MCAD se compose de 3 modules(U1: Gestion et réalisation des activités de la vie quotidienne, U2: Accompagnement et aide à la personne dans les activités de la vie quotidienne et dans le maintien de l'autonomie, U3: Accompagnement et aide à la personne dans la vie relationnelle et sociale)correspondants aux 6 domaines de formation du DEAVS.

    - Vous serez evaluée a l'examen sur 1 ou 2 demi-journées: une mise en situation professionnelle à partir d'un sujet, un écrit avec des questions se rapportant au sujet, et un oral de 45 minutes se basant sur le dossier que vous aurez composé.

    - En passant cet examen vous n'aurez aucun frais engagé, le passage est totalement gratuit.

    Les titulaires de ce diplome sont de plein droit auxiliaires de vie sociale, et bénéficient des memes compétences, rémunérations et grilles de salaire dans les conventions collectives que le DEAVS.
    ils sont également de plein droit titulaires du DEAVS.

    Pour obtenir le DEAVS à partir de la MCAD, il suffira d'adresser à la DRASS de votre région un courrier de demande de délivrance du DEAVS, accompagné des copies du diplome et de votre pièce d'identité recto-verso.
    Cela ne peut pas vous etre refusé.

    Tout ceci n'est pas très important, mais peut-etre que cela vous ouvrira une petite perspective, un jour, si le moment est propice.

    pour l'instant, Take Care.

    Christina.

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  5. Bonsoir Christina. Je me disais bien aussi que je n'avais pas trouvé l'article dont vous me parliez :-(
    Merci pour ces précieux renseignements, je le mets de côté pour plus tard, quand j'y verrai un peu plus clair. Il est vrai que pour le moment, je n'ai pas l'esprit très disponible pour penser à "l'après"... à 1 mois de terme, je commence tout juste à installer les affaires du bébé, c'est dire! Je vais réfléchir calmement aux pistes qui s'offrent à moi (et aussi aux pistes qui ne s'offrent pas, pourquoi pas?)... De toute façon, quitte à changer, autant y aller carrément non? :-)

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  6. Hello Babeth,

    Mon article est désormais publié dans le forum "se former,s'informer", totalement remanié, sous un nouveau titre: "Se diplomer pour les aides à domicile, les AMP, les aides-soignants".
    une annexe apparait sous le meme titre dans le forum "auxiliaire de vie sociale", pour inviter les AVS à venir y jeter un coup d'oeil.

    je l'écrirai au fur et à mesure, en postant à chaque fois un message, et ajoutant un chapitre du plan et du sommaire présentés au début.

    La première version était déja conséquente, celle-ci sera indigeste car je ne ponds que des tartines.

    lorsque vous serez préte, changez, évoluez, FAITES-VOUS PLAISIR.

    Je te dis à bientot,

    Christina.

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    1. Bonsoir Christina. J'ai lu votre post avec beaucoup d'intérêt, merci d'avoir condensé tout ça, ce devait être un boulot monstrueux! Pour le moment j'avoue profiter du temps présent... je m'occuperai de mon avenir professionnel... un peu plus tard :-)

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  7. Cela fait très longtemps que je n'avais plus eu le temps de repasser par ici, ce billet m'a beaucoup touchée ce soir car j'ai une amie qui est en train de perdre sa maman de la même manière que toi ton papa. Je ne sais pas si ça lui ferait du bien de lire ce billet, il est vraiment magnifique, emprunt de douceur et d'optimisme malgré tout. Je te souhaite vraiment beaucoup de belles choses, et la plus belle fin de vie possible pour ton papa.

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  8. Bonsoir Babeth,
    je suppose la situation très dense, au point qu'il n'y a pas de disponibilité à l'écriture.
    J'espère toutefois que tu lira les mots, témoins de notre attention à toi.
    Je profite de l'occasion pour remercier Christina des renseignements qu'elle nous fourni.
    Pendant que ton papa se meurt, il y a plein de papas et de mamans qui en font autant en même temps et tu le sais très bien.
    J'en ai embrassé un ce soir en présence de ses filles et nous en avions tous les yeux humides.
    C'est pas pro, mais c'est la cerise sur le gâteau une fois la toilette faite et les manipulations subies des deux côtés. Le sien comme le mien.
    Enfin de la douceur...
    Je pense bien à toi.
    L'Autre "anonyme".

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