dimanche 13 mai 2012

Juste être bien


Parfois, il y a des instants de grâce, des pauses douceur qui permettent de souffler, de se ressourcer. Ce week-end par exemple. Un frère et une soeur réunis pour deux jours, ça vaut bien une petite autorisation de sortie non? L'hôpital a dit oui, permission de 9h à 19h samedi et dimanche, soyez sages et amusez-vous bien. Alors c'est parti, on embarque le padre, le sac, le fauteuil, la perfusion, la potence, et on part avec le sourire! Direction la maison, le soleil, la famille, n'importe quoi du moment que rien ne nous rappelle l'hôpital. Frères, soeurs, cousins, cousines... Ça en fait du monde à caser autour de la table. Les enfants mangent avant, les adultes traînent, on discute, on rit, on parle de tout et de rien... Un week-end en famille, un week-end normal. Les chamailleries des petits cousins, les courses vélo contre trottinette, la salade composée, la table sur la terrasse. Une nièce qui pose timidement ses mains sur mon ventre pour sentir le bébé bouger, une belle-soeur concentrée sur son origami, une espiègle Amélie qui fait tout pour retarder le départ... Et cet accent du sud qui revient au galop, l'accent qui chante, le rire dans la voix. Premier coup de soleil de l'année. La flemme de bouger, on avait bien repéré un petit parc sympa pas trop loin mais on est si bien, là, au soleil.
Et soudain, je me crois chez ma grand-mère.
Vindrac, tout petit village du Tarn. L'été chez ma grand-mère, en famille, les repas au jardin, les grands qui traînent à table et nous, les cousins, qui courons partout. Les rires et les disputes, les parties de ping-pong l'après-midi, les bobs et les tongs...
Ma gorge se serre. Je ne suis plus une petite fille, adieu la bouée canard et mon petit vélo bleu, que j'aurais bien échangé contre le grand vélo rouge de ma cousine. Je suis une maman, je regarde ma fille, je regarde mon ventre tout rond, je regarde mon père. On est bien, là. C'est comme avant, on a juste changé de génération, c'est tout. Mais vous voyez, c'est pareil finalement. Et je me dis qu'on a de la chance.
Aujourd'hui, on a vraiment beaucoup de chance, parce qu'il fait beau, parce qu'on prend des coups de soleil, parce que les enfants jouent, parce qu'on mange notre salade composée sur la terrasse, parce qu'on a retrouvé des vieilles photos qu'on regarde en souriant, parce qu'on se raconte nos souvenirs, parce qu'on n'a rien d'autre à faire que d'être là, ensemble.
Il y a juste une petite chose qui cloche dans le décor. Oh, un détail, une broutille, trois fois rien : la perfusion, suspendue à la potence, qui suit mon père où qu'il aille, l'invitée indésirable... Ça roule mal ce truc, ça s'emberlificote, ça passe pas partout, ça craint le soleil, et puis ça fait moche sur les photos, faudra couper, recadrer, tourner.
Allez, on s'en fiche de ça, on va faire comme si c'était pas là, comme si ce petit bout d'hôpital n'existait pas, comme si tout allait bien. On va faire comme avant, comme à Vindrac, pas pour se voiler la face mais parce qu'on ne va quand même pas pleurer tous les jours.
Juste profiter du soleil, de la famille, et des rires.
Juste être bien.


7 commentaires:

  1. Meeeuh non c'est pas moche...
    Si vous voulez j'ai tout un tas d'idées pour décorer les pieds de perf' !, j'étais très douée avec la mienne à l'hôpital ^^'

    RépondreSupprimer
  2. beau texte ... magnifique photo ... une terrible vérité !
    courage à vous

    RépondreSupprimer
  3. Il y a un oeil pleins de joie sur cette photo ! Tu sais qu'il existe des rouleaux de scotch décorés en loisirs créatif ? fleur and co ? ça décore très bien les bouts de métal !
    Bises

    RépondreSupprimer
  4. Quand j'entends mes enfants jouer "à faire semblant", parfois, j'aimerais être à leur place, leur place d'enfant innocent et protégé...
    L'enfant que j'étais a grandi...Et fait semblant pour "arrêter" le temps..
    Très très beau texte. Je vous envoie mes pensées les plus douces. Bien à vous, Ingrid.

    RépondreSupprimer
  5. C'est magnifique Babeth.
    L'instant précieux que tu évoque m'a fait remonter à l'esprit que j'ai vécu quelque chose de semblable, sauf que mon père c'était une lunette à oxygène raccordée par 20 mètres de tube à la machine pour qu'il puisse vaquer sans trimballer le monstre ronflant et lourd partout.
    Emberlifficotage assuré aussi!
    Journée ensoleillée et riante avec des amis sur la terrasse ensoleillée, les pleurs et les angoisses au placard pour quelques heures au moins.
    Merci pour tes beaux écrits, tu me donne l'occasion de me rappeler que j'ai fait des "choses bien" que j'ai totalement oubliées.
    Je t'ai lue en t'enviant et soudain mes souvenirs ont surgi. Finalement on n'a pas que le métier en commun.
    Bisous, à bientôt...

    RépondreSupprimer
  6. Très beau billet et très belle photo...merci

    RépondreSupprimer
  7. Profite encore de ces moments. Ton père et toi avez le même regard, c'est étonnant. Prenez soin de vous

    RépondreSupprimer