dimanche 19 décembre 2010

Laissez-moi tranquille!

Monsieur J est "bougon", c'est du moins comme cela qu'on le décrit souvent. Moi, je dirais plutôt qu'il a un sale caractère, je trouve ça plus direct. Malgré ça, j'aime bien Monsieur J. Pourtant, j'ai eu des débuts difficiles avec lui... et bien souvent, c'est encore difficile! Mais bon, ça, on s'habitue. Bref. Monsieur J vivait chez lui avec sa femme jusqu'à il y a quelques mois. Et puis, sa femme est morte, ça arrive souvent quand on est vieille et malade. Monsieur J s'est retrouvé tout seul dans sa grande maison toute neuve, loin de tout. Seul avec son sale caractère et les auxiliaires qui passaient tous les jours pour les repas et le ménage. Pas la joie. Monsieur J a donc emménagé au foyer logement. Il y a retrouvé des connaissances, ainsi qu'une certaine autonomie. Du coup, plus besoin d'auxiliaires, sauf pour le ménage une fois par semaine. Je suis donc envoyée chez lui. Miracle, le déménagement, la nouvelle vie, font que mes rapports avec Monsieur J deviennent plus sereins. On se sourit, on se parle, c'est mieux. C'était sans compter sans ses enfants qui, pour son bien, demandent à ce que j'intervienne dorénavant tous les jours pour la toilette, le petit-déjeuner et le ménage. Ainsi, quatre fois par semaine, je débarque chez Monsieur J, qui n'aspire qu'à une chose, être tranquille. Parfois, quand j'arrive, il dort encore. Ou il mange. Ou il se lave. Ou il n'est pas là. Systématiquement, ma présence le gêne, et presque systématiquement, il me demande de partir. J'en informe ses enfants, la directrice du foyer et ma directrice. Rien à faire, on me renvoie chez lui, semaine après semaine. J'insiste, le monsieur n'est pas sous tutelle, s'il n'a pas envie que je vienne aussi souvent, pourquoi insister? Parce que le Conseil Général et ses enfants ont décidé, pour son bien, que c'était mieux ainsi. Il est lent à l'habillage, lent à la prise de repas et pas féru du ménage, alors collons-lui une gentille auxiliaire pour aller l'enquiquiner tous les jours! Lent, certes, mais pas incapable. Pourquoi lui imposer une aide dont il n'a ni envie ni franchement besoin? Bataille perdue d'avance. Nous sommes donc condamnés, l'un et l'autre, à nous supporter mutuellement. Notre relation, apaisée depuis son emménagement au foyer, se transforme en gêne, en ras-le-bol collatéral. Dommage.