mardi 26 octobre 2010

Dame de compagnie?

Chez certaines personnes, on a un petit café. J'appelle ça le café-papote. On le boit vite fait, debout dans la cuisine avant de partir chez quelqu'un d'autre... ou on prend son temps, assise au salon parce que c'est la dernière intervention de la journée. Le café-papote se transforme parfois en habitude, un moment privilégié qu'on attend presque avec impatience. En tout cas, c'est le cas pour moi. J'aime les petits moments partagés, les souvenirs évoqués, les albums de vieilles photos qu'on regarde délicatement. Cinq minutes, ou dix, parfois même une heure. Le temps ne compte plus, on a rangé le tablier et les gants, les regards se font complices, la parole se délie. En se quittant, on se fait la bise. Tout ça, bien sûr, ça reste entre nous, en principe on ne doit pas. Il ne faut pas s'attacher, il ne faut pas rester pour le plaisir, il faut rester pro en toutes circonstances. Balivernes! Comment ne pas s'attacher? Comment rester neutre?
Et surtout... pourquoi? Risque d'abus de faiblesse? Risque de favoritisme? Risque de souffrance collatérale?
L'auxiliaire serait-elle stupide au point de ne pas pouvoir faire la part des choses?
Je prends le risque de m'attacher, quitte à souffrir quand certains s'en vont. Tant pis, ou tant mieux!

mardi 12 octobre 2010

Y'a des jours...

Y'a des jours, parfois, je me sens comme une merde. Les heures de ménage payées par la Sécu, ou le Conseil Général, ou la mutuelle, c'est bien, c'est beau... mais y'a clairement de l'abus en la matière. Ne plus rien faire chez soi, pas parce qu'on est trop vieux/fatigué/malade, mais juste parce que "la femme de ménage le fera, elle est payée pour ça", c'est clairement prendre laide sociale pour une vache à lait. Je suis AIDE-ménagère, AUXILIAIRE de vie, je suis là pour AIDER, pas pour "faire à la place de" quand la personne peut encore faire. Entretien courant, courses, repas, lever, toilette... tout ça, c'est mon boulot. Récurage de la maison du sol au plafond, vitres de la véranda en plein soleil, entretien du jardin, service à table lors d'un repas de famille... le tout avec l'argent de la Sécu, non, faut pas pousser! Pfff... je suis fatiguée.

mercredi 6 octobre 2010

Toute première fois

Je suis arrivée dans ce métier par hasard, comme beaucoup d'auxiliaires finalement. J'avais un diplôme dans le secteur social, un boulot dans l'animation, et pas franchement d'avenir ni dans l'un ni dans l'autre. J'ai répondu à une annonce concernant un poste d'auxiliaire de vie auprès d'une dame de 90 ans, l'entretien s'est bien passé, j'ai quitté mon boulot d'animatrice exploitée et me suis plongée dans le quotidien d'une famille particulière.
La dame vivait chez son fils et sa belle-fille, belle maison dans un beau quartier résidentiel, comptes en banque bien garnis, une résidence principale, deux maisons de vacances, une grosse voiture et une voiture de collection, bref, financièrement ça allait plutôt pas mal. J'étais censée être embauchée pour un mi-temps d'auxiliaire de vie, payé au SMIC bien sûr (peut-on rêver plus dans ce métier?), mais les conditions de travail ont vite changé. 8h-12h du lundi au vendredi, ça devait me laisser du temps libre pour trouver un complément mais... ç'aurait été trop simple. En fait il y avait aussi les nuits, les week-end, les après-midi d'astreinte payés aux deux tiers du SMIC, les semaines complètes sans repos hebdomadaire. Le mi-temps s'est vite transformé en temps plein, avec les inconvénients sans les avantages.
Le travail, finalement, n'avait rien à voir avec qui m'avait été annoncé. Aide au lever, aide à la toilette et à l'habillage? Que nenni! La vieille dame était parfaitement capable de faire ça toute seule! Ménage, repassage, récurage du sol au plafond... j'ai vite été reconvertie en femme de ménage, femme de chambre, bonniche, avec bien sûr la considération qui allait avec. Mon moral en a pris un coup, je me sentais complètement inutile dans cette grande maison propre, avec cette famille mielleuse envers le Docteur et les infirmières, et tout juste condescendante envers la petite bonne que j'étais.
Vider son assiette avant de la mettre dans l'évier? La bonne le fera! Ramasser la nourriture tombée à terre? La bonne le fera! Rincer la baignoire après avoir lavé son cheveux au thé? La bonne frottera! Fermer le sac poubelle avant de le mettre dans le bac? La bonne nettoiera le trottoir après le passage des éboueurs! J'ai tenu trois mois avant de partir en claquant la porte, en jurant que plus jamais je ne ferai ce métier.
Pourtant, sept ans après cette première expérience désastreuse, je suis encore auxiliaire de vie, mais dans d'autres conditions et avec d'autres gens. Comme quoi, il ne faut jamais dire jamais.

mardi 5 octobre 2010

Phrases de vieux *1

Certaines phrases me touchent, me font réfléchir ou m'amusent. En voici quelques unes, replacées dans leur contexte.

Chez une dame de 95 ans, immobilisée après une facture du col du fémur :
"C'est long de mourir. J'ai jamais demandé à vivre aussi longtemps."
Celle-là, je l'ai reçue comme un coup de poignard.

Au foyer logement, alors que je demande à une dame si elle a quelques amis ici :
"Non, je suis bien avec tout le monde mais je ne veux pas m'attacher à quelqu'un car je sais qu'ils vont tous mourir."
Triste constat, et tellement vrai pourtant.


Chez une dame qui s'est perdue en allant toute seule à un rendez-vous médical le matin :
"C'est quoi que j'ai comme maladie déjà?"
"Alzheimer maman!"
"Ah oui, c'est vrai!"
Euh...

dimanche 3 octobre 2010

Les aimer... ou pas?

Vaste question! A-t-on le droit de s'attacher aux personnes pour qui l'on travaille? Quelle distance entre eux et nous? Après plusieurs années de pratique professionnelle, voilà bien une question à laquelle je ne suis pas encore capable de répondre. "Prends tes distances, ne te laisse pas bouffer" me disent les collègues. "Sois humaine, on n'est pas des robots" me dit ma conscience. Le tout, ce serait de choisir le milieu. Etre humaine sans se laisser bouffer, compatir sans plonger dans le sentimentalisme. Les limites sont parfois floues, elles dépendant des personnes, du temps, de mon état de fatigue... de tellement de choses qui sont tout sauf professionnelles.

samedi 2 octobre 2010

Faisons connaissance

Moi c'est Babeth, auxiliaire de vie auprès de personnes âgées, ou malades, ou handicapées, dans une charmante commune du bord de mer. C'est pas que mon boulot soit fascinant/palpitant/extravagant mais... il est humain, intéressant, touchant... et regorge de petites phrases, d'anecdotes, de situations, que je voulais consigner quelque part, histoire de ne pas les oublier.
Donc voilà, voici mon blog de rien du tout, mon blog de tranches de vies de vieux, de sourires, de réflexions.
Bonne lecture.