dimanche 12 mai 2013

Mémoire (2)

"Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle", dit un proverbe africain.

J'ai deux ans. Mes parents travaillent et mon grand frère va à l'école. Je passe mes journées chez une nounou. Ce n'est pas une bonne nounou. Elle crie. Elle cogne. Elle attache les enfants à la table pour aller faire tranquillement ses courses.
Les bleus sur mes jambes? "La petite est tombée."
Les traces aux poignets et aux chevilles? "Les marques de chaussettes, les élastiques..."
Mes hurlements tous les matins en arrivant chez elle? "Pfff, quelle comédienne cette enfant!"
Finalement, la chute du lit parental pendant une sieste me sauvera de cette folle. Médecin, hôpital, trauma crânien, clavicule fracturée depuis... Plusieurs jours... Tu m'étonnes que je pleurais, j'avais mal! La suspicion des médecins, la honte de mes parents, de n'avoir rien vu, de passer pour des tortionnaires. Finalement il n'y aura pas de plainte, c'est la femme d'un collègue alors... Alors voilà.
Je n'ai aucun souvenir d'elle. Je ne connais même pas son nom. Si je la croisais dans la rue je serais sans doute incapable de la reconnaître. Si elle était encore nounou je lui confierais peut-être Georges... Sans savoir.
Ceux qui savent sont morts. Et moi je reste avec mes questions. Qui? Comment? Où? Et surtout, pourquoi?

J'ai trente-six ans. Je trie les photos retrouvées chez mon père. Des visages, des lieux, encore des visages.
Photo carrée en couleurs. Là, dans ce jardin ensoleillé, ce sont mes parents. Vacances à Vindrac, ma grand-mère habite l'appartement au-dessus de la mairie. La piscine gonflable, la bouée canard, le petit banc orange. Souvenirs d'enfance, de vacances.
Photo de classe. La gamine timide qui regarde ailleurs en tirant sur la manche de son pull, c'est moi.  Adolescence.
Portrait en noir et blanc. Ce beau jeune homme en uniforme, c'est mon grand-père. Regard ténébreux, belle prestance, pas étonnant que ma grand-mère en soit tombée amoureuse. Mais au fait, comment se sont-ils connus?
Photo jaunie aux bords dentelés. Une vieille dame entourée d'enfants. Je ne reconnais ni les visages ni la maison.

Des photos, par dizaines, par centaines. Des albums, des cadres, des jolies pochettes de studio. Et des visages, plein. Et derrière ces visages, des histoires. Des histoires que je ne connais pas. Des histoires d'amour, des histoires de voyages... Des histoires connues de mes parents, de mes grands-parents. Mais tout le monde est mort, tout le monde a oublié.
Je regarde ces visages que je n'ai pas connus, ces maisons dans lesquelles je n'ai jamais mis les pieds, ces couchers de soleil sur des plages que je n'ai pas foulées.
Des souvenirs qui ne m'appartiennent pas, et dont je suis pourtant dépositaire.

Faites parler vos parents.  Recueillez leurs souvenirs. Faites votre arbre généalogique avec eux. Regardez ensemble les photos de leur jeunesse.

Leurs histoires, c'est votre histoire.

lundi 6 mai 2013

Combien vaut ta vie?

Elle a trois ans. C'est une adorable petite fille. Une adorable petite fille avec un adorable sourire. Une adorable petite fille avec une putain de leucémie.
Plus d'un an qu'elle est à l'hôpital. Chimios, greffe, chambre stérile... Drôle de vie pour une enfant. Une vie loin de chez elle, loin de sa soeur et de son père, avec pour seul horizon les murs blancs de sa chambre d'hôpital, pour seule compagnie sa mère et l'équipe soignante.
Et puis, une pause. La petite fille peut rentrer chez elle. Oh, pas longtemps, juste une petite semaine, histoire de recharger un peu les batteries avant les prochains traitements. Une petite semaine qui lui ferait du bien, chez elle, dans sa chambre, avec sa famille. Il y a juste un petit détail à régler. Oh, un tout petit détail, mais un détail avec des poils et des pattes : les chiens. Il y en a trois à la maison, ainsi qu'un chat, et ça, le médecin, il est un peu sceptique. Pour une raison d'hygiène, il vaudrait mieux que les animaux soient éloignés quelque temps, ce serait plus simple. Simple? Pas tant que ça.
"Les animaux étaient là avant ma fille", dit le père. Tout est là, dans cette petite phrase. Les animaux sont prioritaires, la petite fille ne rentrera pas chez elle. Tant pis. De toute façon, c'est pas grave, elle est morte quelques mois après... Sans être rentrée chez elle.

Entre ta fille et tes chiens, choisis ton camp camarade!

Elle a cinquante-sept ans. Elle prend soin d'elle. Elle mange bio et fait du sport. C'est une belle femme qui respire la santé. Son mari, lui, est bel homme et respire le tabac. Lui, le bio et le sport, c'est pas sa passion. Au tofu/footing il préfère le whisky/clope. Chacun son truc. Elle court dehors, il fume dedans. C'est souvent un sujet de discorde entre eux. Elle passe trop de temps dans les bois, il passe trop de temps dans la fumée. N'empêche, le cancer, il sera pour elle, pas pour lui. Cancer du poumon, chez une non-fumeuse, c'est dommage. Parfois la vie est ironique. Cerise sur le gâteau, elle sera incinérée.

Entre ta femme et tes clopes, choisis ton camp camarade!

Elle a quatre-vingt-treize ans.Elle est veuve et sans enfant. Elle est aussi aveugle et paraplégique. Mais son mari, lui, avait des enfants d'un premier mariage, elle n'est donc pas vraiment seule. Deux solutions : placer mamie en maison de retraite ou laisser mamie à la maison. La maison de retraite, c'est cher, et puis qui va payer? Rester à la maison, finalement, c'est une bonne solution. Une auxiliaire de vie matin, midi et soir pour les levers/repas/couchers, un passage infirmier par jour, et pour le reste, on mettra la télé, ça fera de la compagnie. Tant qu'à faire, on va demander à Nicole, la nièce du mari décédé, de faire le boulot. Vu qu'elle est au chômage ça lui fera un petit revenu. Tant pis si elle n'est pas formée pour ça, tant pis si c'est mal fait, tant pis si mamie serait mieux ailleurs avec des gens qui lui parlent que coincée chez elle avec la télé toute la journée.

Entre ton fric et ton humanité, choisis ton camp camarade!

Et toi, combien vaut ta vie? Vaut-elle celle d'un chien? Celle d'un paquet de clopes? Celle d'un compte en banque?

Qui s'occupe de toi? Qui te tient la main quand tu as peur? Qui te sourit? Qui te console?

Qui te fera à manger quand tu ne pourras plus le faire? Qui viendra t'aider à te lever chaque matin? Qui viendra te raconter la vie de dehors?

Qui te fermera les yeux?

dimanche 5 mai 2013

Quart d'heure déprime du soir, bonsoir

"C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de cinquante étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute se répète sans cesse pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien.
Mais l'important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage."

 La Haine (1995).  Mathieu Kassovitz

"C'est l'histoire d'une femme qui vit une période bien pourrie. La fille, au fur et à mesure que les événements s'enchaînent, se répète sans cesse pour se rassurer : ça pourrait être pire, ça pourrait être pire, ça pourrait être pire.
Mais l'important c'est pas ce qu'on fait, c'est ce qu'on ne fait pas."
Vieux et merveilles (2013). Babeth

mercredi 1 mai 2013

1000 kilomètres

L'an dernier, mon anniversaire, c'était tout pourri.
Je perdais mon boulot, mon père était hospitalisé, et je n'apprenais ces deux nouvelles que le lendemain. Forcément, les mois qui ont suivi, c'était pas génial non plus. Bon ok, Georges est né, et ça c'était merveilleux. Mais à part ça... Bref, 2012, à part la naissance de baby boy, c'est pas franchement une année à retenir. Alors bon, j'ai attaqué 2013 pleine d'espoir.  Cette année sera mon année, qu'on se le dise! Le concours d'aide-soignante, c'est fait. Le boulot... euh... c'est pour bientôt. Les enfants, ça va, merci. La maison, euh... bon, joker! La famille, ça va. Oh, quelques petits soucis de temps en temps, on vieillit hein, comme tout le monde, mais globalement ça va. Du coup, cette année, mon anniversaire sera un jour de fête, avec un gâteau, des bougies et des cadeaux. Et même, cerise sur le gâteau, on sera en voyage, et ça s'annonce plutôt sympathique.
Trois jours d'expo pour le boulot de mon mari, deux jours de voyage, deux jours de détente, et au milieu de ça quelques rencontres, des découvertes et des retrouvailles, tout ce que j'aime. Une petite semaine de virée en famille, papa maman et les enfants, les beaux-parents s'occuperont des poissons rouges en notre absence.
Les expos, c'est crevant, il faut occuper les enfants toute la journée, discuter avec les clients, charger/décharger la voiture matin et soir... C'est crevant mais c'est chouette, surtout quand on s'arrange pour retrouver des amis le soir et refaire le monde autour d'une bonne table. Le soir, on rentre et on se couche, complètement nazes, il faut vite dormir pour attaquer la journée d'après.

Pendant ce temps, à 1000 kilomètres de là, un monsieur sent sa poitrine se serrer. Douleur thoracique, douleur au bras gauche, forcément ça fait tilt, surtout quand on se sait cardiaque, surtout quand on sort de l'hôpital affaibli par une vilaine infection, surtout quand on n'est plus tout jeune.

Nous, on dort, on ne sait pas.

Pendant ce temps, une épouse inquiète appelle le Samu. Une ambulance arrive, le vieux monsieur part avec.

Nous, on dort, peut-être même qu'on rêve, qui sait?

Pendant ce temps, aux urgences, un monsieur est en train de mourir.

Nous, on dort encore, mais le réveil va bientôt sonner, on a décidé de se lever tôt pour faire un peu de tourisme. Amélie veut aller en Allemagne, je veux voir des cigognes, on va essayer de se faire une jolie petite balade.

Pendant ce temps, un médecin appelle l'épouse inquiète, il faut venir, ça va mal. Les médecins ne disent jamais la vérité au téléphone, c'est bien connu.

Nous, on est réveillés par un appel de belle-maman. Beau-papa va mal, on rentre.

À ce moment précis, nous ne savons pas grand-chose. Crise cardiaque et urgences, c'est tout.
On se prépare, et on explique à Amélie que son grand-père ne va pas très bien et qu'on préfère rentrer au ça où. Au cas où quoi?
1000 kilomètres, c'est beaucoup. D'habitude on est à côté, nos maisons sont dans le même village, on se voit presque tous les jours. Mais aujourd'hui, on est loin. Si loin que la situation nous semble presque irréelle. J'essaie même de rappeler belle-maman, pour "avoir des nouvelles". Parce que non, en vrai, beau-papa va forcément bien, il vient de survivre à un staphylocoque doré, c'est pas une petite crise cardiaque qui va lui faire peur! Et puis oh, attends, il est aux urgences, y a plein de médecins, plein de machines super sophistiquées, et puis son coeur il a beau avoir 80 ans, c'est un coeur de super héros, le coeur d'un homme qui a piloté des avions et a survécu à un cancer!
Alors, tout en préparant les valises, j'attends. J'attends que belle-maman me rappelle. Mais mon téléphone reste désespérément muet, et le sien est sur répondeur. Alors mon mari appelle l'hôpital, qui lui passe les urgences, qui lui passe quelqu'un, qui lui passe quelqu'un d'autre, qui appelle le médecin, qui lui passe sa mère. Et pendant qu'on attend, on comprend. On comprend que quand l'hôpital dit de venir, c'est qu'il est déjà trop tard. On comprend que belle-maman est à 1000 kilomètres, seule, avec son mari qui est mort. On comprend qu'on n'a plus de papa, plus de beau-papa, plus de grand-père. On comprend qu'il va falloir l'annoncer à Amélie. On comprend qu'il va falloir rouler 1000 kilomètres avec 1000 questions, 1000 souvenirs, 1000 douleurs.
On comprend aussi que finalement, 2013 sera aussi merdique que 2012.
Et, très égoïstement, je comprends aussi que cette année, mon anniversaire sera tout pourri.

lundi 15 avril 2013

Monsieur Bitàlair (3)

Bon bon bon... Je vous sens fébriles et impatients. Faut dire que j'ai lâchement laissé l'histoire de Monsieur Bitàlair en suspens, le temps de vous annoncer une bonne nouvelle, et puis le temps de m'occuper de Georges, et aussi le temps de tomber malade (c'est fou comme un gros rhume peut vous pourrir la vie), et puis aussi le temps de plein d'autres choses.
Bref, reprenons.
Je débarque donc chez Monsieur Bitàlair avec mes couettes innocentes et ma petite fiche de liaison sur laquelle il est sobrement écrit "aide à la toilette et entretien du logement". Foutaises!
Je frappe à la porte. Pas de réponse. Je re-frappe. Grognements divers et variés à l'intérieur. La porte reste close. Je re-re-frappe. Et j'entre. Je ressors aussitôt. L'odeur. Putain, cette odeur! Pisse et clope. Je sens que ça va être génial. Allez Babeth, courage, vas-y! Je re-entre. Splitch splotch. Bizarre cette sensation d'humidité sous mes pieds. Une fuite? Une inondation? Splitch splotch. Ça colle un peu. Oh mais suis-je bête? (Oui, je le suis, mais parfois je me pose la question pour vérifier) Une forte d'urine ET du splitch-splotch... Mais oui mais c'est bien sûr! Je patauge dans la pisse! Ô joie, je sens que ça va être encore plus génial que prévu.
Pénombre. Je hasarde un "bonjour". Pas de réponse. Enfin si, un truc inaudible, comme un grognement venant des entrailles du taudis de la maison. Splitch splotch. Il va falloir que je trouve d'où vient le grognement, j'ai une aide à la toilette à faire. Et un "entretien du logement". En une heure. Ben c'est pas gagné.
Grognements et éructations, je crois que j'ai localisé Monsieur Bitàlair. J'avance prudemment. Splitch splotch. C'est pas possible, il y en a partout, une inondation de pisse. J'ouvre les volets au fur et à mesure que je passe devant. La clarté remplace la pénombre, et je suis désespérée face à ce qui m'attend. Une heure pour la toilette et le ménage. Non mais c'est du foutage de gueule! Monsieur Bitàlair est devant moi. Avachi dans son lit, baignant dans sa pisse et ses excréments, grognant et vociférant.
Je ne suis pas la bienvenue. "Ordure! Pute! Salope! Fous le camp!". Douces paroles et chaleureux accueil que voilà. Pas grave. Respire. Euh... Non, mauvaise idée. Reste polie. Prends sur toi. Plus que 55 minutes, ça va passer vite. Bon bon bon. Ce monsieur n'a visiblement pas très envie d'une aide à la toilette. Va falloir négocier.
Première étape : le sortir du lit. Enfin non. Faire en sorte qu'il accepte de quitter le lit, nuance. Respect de la personne toussa toussa. Manque de pot, Monsieur Bitàlair n'a pas l'air enthousiaste à l'idée de quitter sa couche douillette. Pas grave, je vais commencer par l'entretien du logement,  on verra plus tard pour le reste. Ça tombe bien, il faut que je change les draps.
Étape numéro un : check. Passons à l'étape numéro deux : la douche!

À suivre...

jeudi 4 avril 2013

Une fin... Et un début

Il y a quelques mois, quand j'avais encore un boulot (et un père), j'ai fait part à Madame Grandchef de mon désir de formation. Parce que bon, j'ai un bac qui ne me sert pas beaucoup (enfin si, il me sert à savoir lire et écrire, pour tenir un blog c'est important), un diplôme de moniteur-éducateur qui ne me sert à rien d'autre qu'à me faire mousser auprès des éventuels employeurs d'aides à domicile (mais bizarrement, pour les employeurs de moniteurs-éducateurs, ça marche pas, j'ai pas assez d'expérience), un vague brevet de secourisme et... Ben rien. Quelques formations professionnelles, de l'expérience en veux-tu en voilà, mais ça paye pas tout ça. Parce que dans ce boulot, ce qui compte ma ptite dame, c'est LE DIPLÔME! Le fameux DEAVS, à la limite le titre d'assistante de vie aux personnes, la panacée des quinquas au chômage, la gloire de Pôle Emploi qui reconvertit n'importe quelle chômeuse longue durée en super auxiliaire super efficace super efficiente (et je m'excuse par avance auprès de toutes les quinquas au chômage). Sauf que moi, le diplôme, je l'ai pas. J'ai un bac, j'ai un diplôme, j'ai de l'expérience, j'ai deux gosses, j'ai un blog (ah oui mais ça je peux pas le dire), j'ai même une R19 (contrôle technique OK, yes!), mais j'ai pas le DEAVS.
Qu'à cela ne tienne, pensais-je naïvement (je vous ai déjà dit que j'étais naïve?), il me suffit d'exprimer mon secret désir d'ascension sociale à Madame Grandchef et celle-ci, dans sa grande mansuétude et sa profonde humanité (et surtout, dans son devoir d'employeur), m'orientera vers le diplôme tant convoité (admirez au passage la tournure de la phrase, vous le sentez passer mon bac littéraire avec mention là?). Je m'égare. Aussitôt pensé, aussitôt fait, et c'est fraîche et pleine d'entrain que je formulai ma demande.
Non. No. Nein. Pas question. Même pas en rêve. Va crever ailleurs espèce de sous-merde (ah non, pardon, je digresse).
Bref. C'était clair. Et sans appel. Arguments invoqués?
"Les budgets sont bouclés, désolée." (euh... trois ans à l'avance?)
"La VAE? Mais vous n'y pensez pas, vous n'êtes ab-so-lu-ment pas prête!" (ben heu, si j'essayais, je saurais)
"Un diplôme d'AMP ou d'aide-soignante? Non, nous ne finançons que ce qui a trait à l'aide à domicile." (qui parlait d'ascenseur social à propos des formations professionnelles au fait?)
Finalement, la question de la formation a été vite réglée, en même temps que celle de mon renouvellement de contrat. Bye bye Babeth, et sans rancune hein!?
Non, sans rancune, enfin presque.
J'ai fait une croix sur mon boulot ET sur ma formation. La vie a continué. Et puis il y a eu une rencontre. Une grande rencontre, avec plein de gens. Et parmi ces gens, il y avait un homme qui venait de réussir un concours. On en a parlé, un peu, j'y ai réfléchi, beaucoup. Les mois ont passé. Georges, mon père, de longs moments passés dans les hôpitaux, dans différents services. Des médecins, des brancardiers, des infirmiers, des ASH, des spécialises divers et variés... et des aides-soignants. Re-découverte. Finalement, nos métiers se ressemblent, mais eux travaillent en équipe, dans un cadre, alors que je travaille seule, livrée à moi-même. Je les observe. Je discute avec eux. Je trouve auprès d'eux des sourires, des paroles réconfortantes, de la douceur (oui, de la douceur, et à l'hôpital c'est important la douceur)... Empathie. Je trouve en eux ce que je voudrais être dans mon travail. Ils finissent de me convaincre.
Je m'inscris donc au concours, quasi en secret. Je ne mets pas grand-monde au courant car j'ai peur que ça me porte la poisse (ben oui, avec la chance que j'ai!). Deux concours, deux oraux (mon bac a au moins un mérite, il me dispense de l'écrit). Et l'attente, la longue attente. Jusqu'à aujourd'hui. Après une nuit blanche, j'ai passé la journée à guetter les résultats sur internet. Pour rien. La poisse jusqu'au bout je vous dis. Finalement, on a réparti les tâches : mon mari est allé dans une école, moi dans l'autre. Mauvaise pioche pour mon mari, bonne pioche pour moi. Liste complémentaire dans une école, liste principale dans l'autre. Champagne!
Voilà. Ça c'est fait. Enfin non, c'est à faire. Mais je ne m'inquiète pas. Je sais que je vais adorer. J'ai hâte de commencer. Hâte de vous raconter aussi.
Alors, pour le jeune homme qui m'a parlé de ce concours (et qui ne se reconnaîtra pas vu que je ne crois pas qu'il lise ce blog, mais son compagnon si, donc si le compagnon en question se reconnaît, c'est bien aussi) : MERCI.
Pour l'équipe du service où était hospitalisé mon père : MERCI.
Pour les quelques personnes qui étaient au courant et qui m'ont encouragée, tout en sachant garder le secret : MERCI.
Et pour Madame Grandchef qui m'a foutu dehors comme une merde en me faisant bien sentir que j'étais une moins que rien : va te faire foutre connasse!

(Et sinon, n'oubliez pas de voter hein! Pour rappel, c'est )

mercredi 3 avril 2013

Activisme

Vous vous souvenez de ce que vous faisiez le 2 octobre 2010? Non? Moi oui : je débutais ce blog. J'avais un boulot que j'aimais et je me croyais à l'abri du chômage, je vivais dans un HLM un peu glauque mais je savais que j'en partirais bientôt, j'étais maman d'une petite fille et j'espérais que la famille s'agrandirait.
Deux ans et demi plus tard, j'ai quitté mon HLM, la famille s'est agrandie, et je suis (presque) au chômage. Deux points sur trois, c'est pas si mal en fait. Et puis, last but not least, le blog continue. Au début j'avoue que je n'avais pas d'idée précise, je voulais juste écrire, raconter, vider un peu mon sac. Des blogs, il y en a plein, partout, tenus par plein de monde, alors un de plus un de moins...
Alors j'ai écrit. Des petites choses, des émotions, des histoires... Timidement d'abord. Des billets courts, des sentiments un peu vagues. Et puis, au fur et à mesure, l'envie d'écrire est devenue plus importante, plus fréquente. Le blog a pris de plus en plus de place et, avec lui, tout ce qui tournait autour. Il y avait mon boulot, ma famille, ma vie, tout ce qui était "moi", et il y avait Babeth, son boulot, ses lecteurs. Moi et Babeth. Babeth et moi. Moi et MES amis, Babeth et SES amis. Une frontière nette entre les deux.
Et puis, une IRL. Je deviens Babeth, je rencontre des gens, Babeth devient moi. Certaines personnes que je connaissais via Babeth deviennent des gens que je connais en vrai, des gens que je n'appelle plus par leur pseudo mais par leur prénom. La frontière n'est plus si nette. Cela ne me dérange pas, au contraire. J'aime bien ce mélange de vies, j'aime ce que je découvre. Mon secret est bien gardé, peu de gens connaissent ma double identité. J'avance sans crainte, dans une vie comme dans l'autre, et je dois avouer que je trouve cette situation plutôt excitante.
Le blog vit sa vie. Les requêtes que je vois passer dans les stats me font parfois grincer des dents (que celui ou celle qui se morfond chaque semaine avec "auxiliaire de vie boulot de merde" se dénonce!), mais je me rends compte que le blog est plutôt bien indexé.
D'ailleurs, tout à l'heure, en lançant la requête "blog auxiliaire de vie", j'ai eu une jolie surprise : 


Surprise et heureuse de voir que ce que j'écris est lu. Regain de mégalomanie? Non. Juste sincèrement heureuse qu'on puisse s'intéresser à un métier qui ne fait pas franchement rêver.

Du coup, j'en viens à la deuxième surprise de la journée : The BOBS. Noooon, pas le bob Ricard de quand on était gosse voyons! BOBS comme Best Of Online Activism. Vous ne connaissez pas? Rassurez-vous, moi non plus! C'est tout expliqué ici : https://thebobs.com/francais/
Bref, y a une histoire de blogs, une histoire de votes, et y a une corrélation entre les deux. Rien à gagner, rien à perdre, mais autant vous l'avouer, je suis très très très fière (oui, très très très, parfaitement!) d'être dans les finalistes, surtout que j'ai appris ça ce matin, apprenant par la même occasion que je participais à un concours! Oui parce que dans l'histoire, la vraie surprise c'est que je ne savais même pas que j'étais inscrite! Bref, je m'égare.
Il y a donc 34 catégories, vous me trouverez dans la catégorie "meilleur blog français". On peut voter tous les jours jusqu'au 7 mai, c'est ici que ça se passe : https://thebobs.com/francais/category/2013/best-blog-french-2013/  (et soit dit en passant, y a plein d'autres catégories très chouettes, avec plein de blogs à découvrir).

Voilà voilà!